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SERVICE PUBLIC
 
Dossiers de l'AITEC. Groupe Service Public. Résumé des documents


Le service public postal
 

La poste est la plus ancienne activité de service public. Elle est aujourdhui déstabilisée par les mutations technologiques, la mondialisation et louverture à la concurrence. Elle est organisée comme ensemble intégré dun grand nombre de prestations de services qui se répartissent entre deux pôles: courrier et services financiers. Les travaux de lAITEC permettent de dépasser la conception «substantive» du service public comme une réalité en soi (conception qui raisonne dans labsolu, en termes de tout ou rien) pour préciser en quelques points essentiels le degré dapplication des principes du service public aux activités postales.
Ces points se réfèrent aux documents officiels que sont la loi du 2/7/1990, le contrat de Plan 1998-2001, le cahier des charges (décret du 29/12/1990) et la directive européenne du 15/12/1997. Ils doivent prendre en compte les points de vue syndicaux et associatifs sur ces documents, ainsi que les résultats des activités postales.
Conformément aux directives européennes, ces documents tendent à définir le service public par trois éléments: le service universel (son «noyau dur»), le service obligatoire et le service dintérêt général. Seul, le premier est exempt de concurrence, mais il doit être défini concrètement et directement.

1. Les missions de service public - Elles sont indiquées dans la loi et le contrat de plan : courrier et colis, services financiers, services de proximité pour tous de qualité, réseau des points de contact et participation à laménagement du territoire, politique des ressources humaines et relations sociales, nouvelles technologies, recherche et innovation.
Mais elles sont conçues comme des domaines et non comme des objectifs précis, ces derniers étant définis de manière vague   («conforter», «améliorer», «moderniser», «poursuivre», «assurer un service attractif», «renforcer», «développer»). Conséquence: dans ces domaines, le «service public» sidentifie donc avec lorganisme, puisquil est impossible de comparer objectifs et résultats, quil manque de repères identificatoires. Il est ainsi fragilisé par la pénétration de la concurrence, qui agit sur elle comme un acide.

2. Lévaluation pluraliste des résultats - Elle nest pas considérée comme un objectif pour lentreprise, ni quant à la participation de ses usagers, ni de ses agents. Dès lors, lexpression des besoins postaux ne peut pour lessentiel se faire directement ni pour les besoins économiques (clients professionnels) ni pour les besoins sociaux (usagers domestiques). Cest donc le marché qui sert de substitut: les seuls indicateurs possibles portent sur la productivité et la rentabilité de lentreprise.
Pourtant, lannexe 1 du contrat de Plan contient des objectifs de qualité et des indicateurs de qualité et de coût qui pourraient servir dinstruments pour une évaluation pluraliste des besoins économiques et sociaux postaux, à condition de les redéfinir à travers une concertation avec usagers et agents, et de les inscrire en termes dengagements dans le management de lentreprise. Car lévaluation pluraliste permet dexpérimenter une efficacité publique concourant à la performance globale à côté de la productivité  Reste alors à les articuler par le management.

3. La concertation avec les usagers -citoyens - Elle constitue le fondement de la légitimité de La Poste comme service public Mais elle nest pas aujourdhui reconnue comme telle   et sa pratique est à peine esquissée   parce que la direction a déjà intériorisé le caractère inéluctable de la «libéralisation» des activités postales.
Pour être efficace, elle devra dabord se voir reconnue une réelle importance dans le management de lentreprise quant la définition et lévaluation des besoins sociaux. Ce qui suppose quelle soit bilatérale et spécifique, avec les clients professionnels dune part, les usagers domestiques dautre part. Publique et contradictoire, elle doit relever de la direction générale elle-même.

4. La concertation avec les personnels - Elle est affichée dans le contrat de Plan dans des termes qui visent à concilier lamélioration des conditions demploi et de la qualité des relations sociales avec la modernisation de lorganisation du travail. Mais ces bonnes intentions semblent infirmées par certains faits. En effet, contrairement aux Télécoms qui est une activité très capitalistique et peut jouer sur des gains de productivité importants (de lordre de 3% / an), La Poste est une entreprise de main duvre: la variable dajustement salarial est stratégique. Les gains de productivité proviennent surtout de la rationalisation de lusage de la main duvre, de la précarisation de lemploi.

Ainsi, le contrat de plan affirme-t-il (p. 12) «le retour aux contrats à durée indéterminée est strictement limité, dans le cadre des dispositions du droit du travail, aux besoins indispensables de lentreprise». Or en fait, daprès ses propres Bilans sociaux, les contractuels sont passés de 57 000 en 1995 à 65 300 en 1997, tandis que lemploi statutaire diminuait de 6000 à 7000 / an. Ils représentent désormais un emploi sur cinq. Contrairement à larticle 31 de la loi, qui ne la prévoit que pour «les exigences particulières de lorganisation de certains services ou la spécificité de certaines fonctions», il sagit en réalité dune orientation générale qui ne se «justifie» que par limpératif de concurrence qui imposerait dabaisser le coût de lemploi des fonctionnaires. Doù la sur-exploitation des CDII (contrats à durée indéterminée et intermittente), les infractions à la loi - notamment dans les domaines de lexpress et du colis - , lécrémage et la sous-traitance
Cette «guerre des prix sur le dos des agents»  décrédibilise la politique de concertation affichée, démobilise les agents, les rend hostiles à lidée defficacité quils assimilent à la rentabilité et les pousse à la révolte.

5. La contribution à laménagement du territoire - Il sagit là dune véritable mission de service public qui fait explicitement référence aux besoins des populations, dans la double dimension des zones rurales fragiles et des banlieues à risque. Là, les partenariats sont précisés, faisant ressortir la vocation inter-administrative de La Poste. La faiblesse récurrente de linter-ministérialité permettra-t-elle de dépasser le stade actuel de quelques expériences pilotes, qui dure depuis une quinzaine dannées que ce thème est à lordre du jour? Espérons que les schémas intermodaux de services prévus par la loi sur laménagement et le développement du territoire le permettront. Cela supposera le financement des missions assumées par La Poste dans ce cadre par les ministères dont elles relèvent, avec contribution de lUnion européenne.

6. La dimension européenne - Une première version de la directive européenne «Poste» était de facture très libérale. Elle était assortie dune notice basée sur la segmentation de lactivité postale et proposait une libéralisation immédiate du secteur courrier. Elle a provoqué une série de réactions, dont celle du Parlement européen pour exister et de certains opérateurs publics inquiets des conséquences pour eux en tant que gestionnaires de réseaux.
Les syndicats ont réagi au niveau des principes du services public et en termes de conséquences pour les personnels. Car les statuts étaient directement remis en cause.
Des responsables politiques (dont des élus locaux, particulièrement en milieu rural) ont vu les conséquences pour leurs communes de la fermeture des bureaux de poste. Ils ont tenté de freiner ces ardeurs libérales.
De son côté, le mouvement social de novembre-décembre 1995 a impressionné les instances européennes qui se sont inquiété de sa possible extension.
Toutes ces réactions ont entraîné une reprise en 1996 des discussions sur deux aspects essentiels de la directive poste: létendue du monopole (le «secteur réservé») sur le publipostage (11% du C. A. de La Poste). Cest une activité convoitée par la poste hollandaise. Et le courrier international («transfrontalier» - 6% du C. A.) qui  est important, couplé au publipostage.
Font-ils partie du monopole? Laffrontement a été vif sur ce point. Un compromis a été passé fin 1997 entre Français et Allemands, qui confirme le monopole sur ces deux points. Il ne prévoit pas de nouvelle libéralisation avant 2003. Mais ensuite, tout peut se re-jouer. 
La directive actuelle sera transposée en 1999 en droit français. Au plan européen, cest celle qui ouvre le moins à la concurrence (2% en France contre 25% pour lélectricité, 100% pour les télécoms). Elle conduit à améliorer le service public en France en obligeant La Poste à distribuer les colis jusquà 10 (voire 20) kg - ce qui nest pas le cas aujourdhui. Le service universel quelle contient améliore le service public français quant à son champ pour La Poste. 

Les principaux dirigeants de La Poste considèrent la bataille pour 1999 et 2003 comme perdue du point de vue du service public. Il faudrait donc utiliser le temps qui reste pour serrer les boulons dans tous les sens afin de se préparer à une généralisation inévitable de la concurrence. Il axent donc tout sur les gros clients, les usagers domestiques étant captifs.

Or la «libéralisation» totale à terme des activités postales nest pas une fatalité. Ainsi, cest le secteur sur lequel le Parlement européen sest déjà le plus engagé par des actions fortes qui expliquent le contenu de lactuelle directive. Dautre part, cest le seul domaine de service public où les ultra-libéraux anglais aient échoué. Il existe donc déjà une sensibilité favorable à lidée de service public postal. Mais à condition quil soit conçu en termes defficacité publique.
Il faut un service postal européen pour tout le trafic inter-communautaire, les compétences avec les postes nationales étant réparties suivant le principe de subsidiarité.
Le territoire européen se construit comme tous les pays lont fait: par lutilisation de la péréquation comme outil dunification dun territoire.

Les élections européennes de juin 1999 sont loccasion de poser cette dimension concrète de la construction européenne à lopinion publique des quinze pays. De faire avancer lidée-force dun service public postal européen et en France, dune plate-forme citoyenne pour La Poste dont les cinq dimensions sont :

- le modèle postal européen,
- la légitimité des opérateurs publics,
- le projet de modernisation, lefficacité de service public,
- la concertation avec les usagers,
- la lutte contre la modernisation-privatisation.

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MOTS-CLÉS DPH : ASSOCIATION, CONCERTATION, ÉVALUATION, SERVICE PUBLIC, SERVICE UNIVERSEL, USAGER, GÉO: FRANCE LANGUE ÉDITION: FRE TYPE DE SOURCE: RAPPORT NOM DU PÉRIODIQUE: LES CAHIERS DE LA RUE VOLTAIRE CONSULTABLE À: CEDIDELP, 21 TER RUE VOLTAIRE 75011-PARIS, FRANCE
 

AITEC daprès Confrontations & Sud-PTT * 


 

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