Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
|
|
SERVICE PUBLIC |
|
|
| La notion de service public
est très ancienne : on la date généralement du XVIII
e siècle. Elle a pris son essor au cours de la Révolution
française. Elle est au carrefour de traditions multiples donnant
lieu à des traductions idéologiques multiples, à des
statuts et des modes de gestion particuliers. Elle fait appel à
une notion qui interdit linscription dans le marbre: ladaptabilité,
qui implique par définition une adaptation permanente de la manière
de fonctionner, des services offerts. Les types dapproche sont nombreux
et donnent lieu chacun à débat (comme lapproche juridique).
Mais ils ne remplacent pas le débat citoyen à propos du service
public, qui seul est global et na pas encore eu lieu nationalement. Doù
le fait que chacun soit actuellement livré à lui-même
en fonction des pressions des organismes financiers, des politiques
Ce premier facteur daffaiblissement agit sur une ligne de fracture plus fondamentale touchant au rôle de lÉtat dans la vie économique et sociale. Il existe une incessante fluctuation entre la prédominance de léconomique et du politique dans les choix de société de demain. Le flou sur les missions actuelles de lÉtat ne favorise pas les réponses à propos des services publics qui, en France, découlent dune conception centralisée de la structure de lÉtat. Ainsi, certaines institutions financières internationales intervenant sur la base dorientations politiques ont des interventions dé-structurantes sur les services publics de la plupart des pays. Elles augmentent limportance de la «loi du marché»: leurs interventions ont comme contrepartie un affaiblissement des services publics. À léchelle nationale également, les politiques économiques ont de moins en moins de prise et ce phénomène peut saccentuer avec linternationalisation de léconomie. Car mécaniquement (comme si les hommes navaient pas prise sur le phénomène) les services publics seraient le vilain rempart contre cette loi du marché. Un autre affrontement existe
entre ce qui doit rester de la prérogative de lÉtat central
et ce qui devrait être décentralisé demain à
dautres collectivités (municipalités, départements
régions). Les transferts de responsabilités sans toujours
les moyens financiers correspondants sont de nature à déstructurer
les services publics. Ils ont aussi parfois été effectués
sans garantie de cohérence nationale, ce qui constitue un autre
handicap pour des services publics largement façonnés à
léchelle nationale, à partir dune péréquation
entre citoyens à ce niveau.
Nous sommes partisans de schémas pluri-modaux de transport, alors que lintervention de la puissance publique se fait par secteur dactivité (aérien, autoroutier, ferroviaire) - et il y a beaucoup à faire pour que les choses changent. Cela permet-trait de raisonner différemment certains projets. On veut par exemple construire une autoroute là où une voie ferrée est sous-utilisée (comme dans le sud-est). Même si chaque mode de transport ou chaque région fait part de ses besoins, il existe nécessairement un lieu central qui doit établir des priorités. Les schémas sont lun des moyens de vérifier la pertinence de certains modes, donc de réorienter certains choix qui aujourdhui, privilégient systématiquement le transport routier. Il existe aujourdhui une discrimination en ce sens que les contribuables payent linfrastructure autoroutière alors que les usagers du train payent linfrastructure routière. Lun des atouts du ferroviaire est de pouvoir transporter indifféremment sur la même infrastructure voyageurs et marchandises. Certaines lignes pourraient être fermées si lon ne raisonne quen termes voyageurs alors quil faut aussi examiner les possibilités de transport de marchandises. Nous serons vigilants à ce quil ny ait quun seul schéma. Une autre ligne de fracture
se situe sur le continent européen: la notion de subsidiarité
est beaucoup utilisée comme critère dans un débat
sur le rôle de la Commission européenne et des États
membres. LEurope se met en place dabord comme espace ouvert à
la libre circulation des biens, des capitaux, les services publics étant
plutôt perçus comme remparts à éliminer pour
accroître cette libre circulation. Or toutes les entreprises de service
public sont aujourdhui confrontées à des directives, des
règlements qui affaiblissent la forme dorganisation actuellement
structurée à léchelle nationale sur une cohérence
solide (EDF, SNCF,). Cette dé-règlementation est en même
temps re-règlementation - surtout pour les entreprises de réseau.
Depuis juin 1997, les derniers
changements continuent daffaiblir les services publics plutôt que
de le réinstaller, laméliorer. Il est possible à
la fois de comprendre les salariés du secteur public quand ils portent
un enjeu dépassant leur défense catégorielle et de
constater que seuls les professionnels de ces secteurs portent ce combat.
Des mouvements, des associations de défense, des comités
se créent à loccasion, mais globalement, cela reste trop
laffaire des professionnels directement concernés. À charge
pour eux de tenter de faire comprendre ce combat à lopinion. En
même temps quexiste un renforcement de lattente à légard
des services publics comme moyens de sattaquer à la «fracture
sociale», lopinion nest pas non plus indifférente à
largument de la privatisation, quand on lui explique que cela réduit
les charges parce que les personnels nauront plus la même situation
sociale. Elle peut être séduite sur lapport immédiat,
alors que lenjeu est à plus long terme. Ce qui est visé,
cest dextraire les segments rentables du secteur public, ce qui aurait
des effets importants sur la société française - et
européenne - de demain.
CONCLUSION Lattitude syndicale à avoir: 1 - ne pas sen remettre à lidéologie libérale (à la «pensée unique») : cest de son côté que le dogme existe, selon lequel la «loi du marché» serait systématiquement porteuse davancées sur les plans économique et social. La démonstration nest pas faite, alors qua contrario, des exemples montrent les effets sociaux désastreux dans les pays où la privatisation a été réalisée. 2 - Participer à lévolution positive des services publics, ne pas sen tenir à la défense de lexistant, dans son périmètre ou dans sa forme. Cette question sest déjà posée en 1995: nous refusions les propositions gouvernementales de réforme de la SNCF, mais nous voulions aussi faire des propositions qui permettent de la re-positionner. Pour reprendre le principe dadaptabilité, il faudrait aujourdhui réfléchir au champ que devraient couvrir les services publics, à la manière dont ils fonctionnent aujourdhui. Le rapport de force en interne est insuffisant si les citoyens ninterviennent pas, ne participent pas davantage à ce débat. Il serait injuste de laisser les seuls professionnels décider du fonctionnement des services publics. Les syndicats doivent participer à lactualisation, la révision du mode de fonctionnement des services publics. Les directions mènent en ce moment une bataille idéologique importante sur la culture dentreprise dans les services publics. Les cheminots (en majorité) pensent exercer un métier différents des autres - cest peut-être aussi parce que les syndicats ont joué un rôle. Cest parce que cette majorité a le sens du service public que la bataille de 1995 a été possible. Nous devons continuer en interne pour résister aux pressions très fortes qui visent à changer les individus. En expliquant par exemple que les effectifs du marketing doivent être développés comme dans nimporte quelle entreprise, alors que nous pensons que ces techniques ne correspondent pas à la notion de service public: on ne vend pas du train comme une prime dassurance ou une maison. 3 - Tenter darticuler la réflexion aux plans national et international. Aujourdhui, si lon est pas aussi avancé au plan européen, on est rapidement dépassé: cette dimension nous préoccupe nécessairement. La C.G.T. est handicapée par sa non reconnaissance pleine et entière comme membre de la confédération européenne des syndicats. Souhaitons que cela évolue prochainement. Mais cela ne nous empêche pas dêtre en rapport avec nos homologues des autres pays et davoir des actions de mobilisation au niveau européen. 4 - Nous devons travailler
les convergences. Tenter de montrer par le réseau syndical que tous
les adhérents sont utilisateurs des combats dans les services publics
- et y intéresser dautres forces. Les convergences doivent aussi
se construire avec les associations, coordinations, mouvements. Des choses
existent déjà, comme entre les organisations des Finances
et les chômeurs sur limposition. Entre les syndicalistes des organismes
financiers et des organismes comme D.A.L. qui se battent pour le droit
au logement. Entre syndicalistes de lénergie et comités
de chômeurs.
-=-=-=-=-=-=-=-
B. T. |
|
Retour |
Accueil |
Début de page |