| I - LE LOGEMENT RELEVE-T-IL
DE L'INTERÊT GENERAL ?
Être logé est
un droit fondamental de la personne comme le droit à
léducation, à lemploi, à la santé Il est
même plus fondamental que les autres en ce sens quil les concrétise,
quil en est en quelque sorte le préalable: les autres droits ne
peuvent plus être assurés quand il ne lest pas.
Ce droit ne peut être
satisfait quen tenant compte des caractéristiques du bien logement:
cest un bien assez divisible et facilement marchand. Cest un bien à
la fois de première nécessité et immobile. Sa production
étatique, souvent jugée politiquement nécessaire en
période de grave pénurie, se révèle ensuite
peu efficace.
Le limiter à un secteur
dactivité, cest le couper de ses nombreux effets externes (ville,
urbanisme, emploi, environnement).
La mission dintérêt
général en matière de logement comporte trois composantes:
légalité de traitement (loger tout le monde, notamment les
plus démunis); le faire dans la mixité; contribuer à
la création dun espace harmonieux et équilibré ville-campagne).
Le droit au logement comprend:
la sécurité légale de la location, la facilité
des infrastructures, le caractère abordable, habitable et accessible,
le caractère adéquat de la situation, la dimension culturelle.
II - L'EVOLUTION DES POLITIQUES
DU LOGEMENT DEPUIS LA RECONSTRUCTION
1. Jusquaux années
1970, du fait des destructions de la guerre, puis de la croissance
démographique, de lexode rural et de lindustrialisation, le marché
était considéré comme défaillant et les politiques
publiques, des États vers le niveau local visaient à se substituer
à lui.
2. À partir des
années 1980, le niveau de loffre permet de répondre
quantitativement à la demande mais les besoins de-viennent qualitatifs
et les demandes, complexes et hétérogènes. Le stock
de logements disponibles se révèle inadapté aux demandes
(insuffisance de petits logements) et les prix sont souvent trop chers.
Du fait de laugmentation du chômage, une part croissante de la population
devient insolvable pour le marché locatif privé.
Lintervention publique
se désengage en termes dopération (privatisation de logements
publics) pour se reporter sur la re-cherche de mécanismes de régulation
décentralisés afin que le marché réponde à
des besoins spécifiques au plus près des gens.
LÉtat se désengage
financièrement au profit du privé. La tutelle fait place
à une relation contractuelle locale avec les différents acteurs
présents sur le marché. Lintervention en amont sur le financement
de la construction (aide à la pierre) est remplacée par une
intervention en aval sur celui du service (aide à la personne).
La règlementation
se déplace du contrôle des acteurs vers celui de lusage du
logement social. De sa capacité à satisfaire les demandes
de groupes-cibles (critères dattribution).
Partout, lobtention des
aides au logement fait lobjet dune mise en concurrence accrue.
Un droit au logement se
précise localement, ainsi que les garanties de sa mise en uvre.
Les aides à la personne restent le principal levier dintervention
des États. Ils relèvent autant de choix politiques que des
mécanismes du marché. LÉtat garanti aussi le financement
du logement social en participant à des fonds de garantie ou en
contrôlant des structures de financement.
En Europe du nord, autant
le droit patrimonial de propriété est inaliénable,
autant lusage de cette propriété peut être lobjet
de contraintes publiques car son intérêt dépasse lintérêt
individuel. Localement, la collectivité peut donc le mobiliser dans
le cadre de la mise en uvre du droit au logement.
La régulation du
logement social est aujourdhui en mutation: localement: des passerelles
sont trouvées avec le parc privé, les divers opérateurs
sont mobilisés, quels que soient leurs statuts et leurs finalités
économiques ou financières. Le rôle de lÉtat
se définit désormais en termes dorientation et de régulation
(cahiers des charges, conventionnements, contrats dobjectifs). Ses contraintes
budgétaires vont croissantes.
III - LE DEGRE DE PRISE
EN COMPTE DU LOGEMENT PAR L'UNION EUROPEENNE
1. Il nest pas directement
traité en tant que tel au niveau européen : chaque État
définit ses objectifs et instruments dintervention (subsidiarité).
Ceci parce que lintérêt
général nest pas défini dans les textes du Traité,
mais seulement lintérêt économique général
qui est assuré par les services publics en réseau. La définition
de lintérêt social est absente des traités.
2. Il est abordé
implicitement, indirectement sous plusieurs angles, relevant de plusieurs
directions (D. G. II, V, VII, XI, XVI et XVII) qui nont aucun fonctionnement
transversal.
Lobjectif fondamental de
lU. E. est la libre circulation. Or celle des capitaux et des marchandises
est activement organisée tandis que celle des personnes navance
pas. Et le logement est une condition importante de sa mise en pratique.
Le Traité dAmsterdam
mentionne (préambule, art. 117) les droits sociaux à travers
la référence à la Charte sociale européenne
(Turin, 1961 révisée en 1996).
Le logement est une partie
importante du modèle social européen dans les domaines de
lemploi, de la formation, de la protection sociale, de la qualité
de vie.
Enfin, les contraintes budgétaires
et financières de lU.E. pèsent sur les capacités
dintervention des États en matière de logement, ce qui influe
sur leurs choix.
3. Perspectives et suggestions
a/ Perspectives
- La subsidiarité ne se décline pas en termes de tout ou
rien: un domaine dactivité peut relever de plusieurs niveaux territoriaux.
Cest déjà le cas du logement qui relève à
la fois des États et des communes. Il nest pas encore question
que lU. E. ait une politique commune de logement, ni même ne définisse
des instruments communs dharmonisation dans ce domaine. Mais un lieu déchanges,
de confrontations dexpériences et détudes est nécessaire
et possible. Cela dépend de lefficacité du lobbying des
acteurs du logement. Il existe déjà un Forum européen
du logement.
Le premier rôle de
lEurope est dapprendre un langage commun à ses pays membres. La
définition dun intérêt général européen
du logement peut en fournir la base.
Le logement est un service
dintérêt général en ce sens quil sagit de
services marchands qui natteignent pas un optimum social sans une régulation
spécifique. De sorte que si la libéralisation du marché
nest pas accompagnée dune définition du droit au logement
qui ait une portée concrète, le logement risque dêtre
perdu comme facteur dintégration et de cohésion sociales.
Limportance de cette question
va croissante avec lachèvement du marché intérieur
et au-delà, laccélération du processus dintégration
européenne. Car ils se traduisent en con-traintes de lU. E. sur
les politiques nationales de logement.
b/ Suggestions
- Une étude est nécessaire
pour connaître tant le coût économique du non-logement
(externalités négatives) que les avantages (externalités
positives) dune bonne capacité à satisfaire les besoins
en logement.
- La communication de la
Commission sur les services dintérêt général
en Europe mentionne le logement en spécifiant que lU. E. dispose
de moyens daction dont le déploiement devrait être accentué
en faveur de ce service non-marchand pour favoriser légalité
des chances et combattre lexclusion. La Commission pourrait publier un
avis dinitiative sur le logement qui le reconnaisse comme domaine dintérêt
général et précise lusage de ces moyens daction.
- Le logement devrait faire
lobjet dune approche transversale entre les D. G. (groupe inter-services).
IV - POUR UNE EVALUATION
PLURALISTE DU LOGEMENT COMME BESOIN SOCIAL EUROPEEN PAR LES DIFFERENTS
ACTEURS CONCERNES
Lobjectif est double: fixer
les critères de satisfaction du besoin logement et dune bonne politique
du logement. Et organiser des débats publics sur lévolution
des réalités du logement au regard de ces critères
et sur les responsabilités (aux différents niveaux, des différents
acteurs) dans ces évolutions.
Cette démarche permettra
dorganiser un dialogue maîtrisé entre les différents
acteurs, qui évitera que les attributions ne fluctuent au gré
des pressions économiques ou politiques.
Il ne sagit pas dinventer
ex nihilo de nouveaux indicateurs mais de partir de ceux qui existent déjà
(plus ou moins implicitement) dans les documents officiels ou des expériences
diverses, de les expliciter et den élaborer éventuellement
dautres à partir de ses propres analyses et orientations.
Ainsi, à Bruxelles,
un groupe pluri-disciplinaire a résumé en six points une
conception du logement qui optimise le rapport qualité/prix en évitant
les espaces perdus et les surcoûts liés aux parties communes
: une viabilité, solidité et durabilité à long
terme; un financement avantageux et une fiscalité attractive; une
gestion fiable et économique; un re-financement régulier
par un pourcentage du patrimoine permettant une revente à terme
du logement à ses occupants. Ces points peuvent être traduits
en indicateurs par un travail délaboration des différents
acteurs. De même pour les missions dune politique du logement ou
les dimensions du droit au logement (cf. point I).
Il est également possible
dévaluer le coût du non-logement: celui (économique
et social) de lexclusion de certains du logement, en termes demplois,
de santé, déducation, de criminalité et demployabilité.
Cela permettrait de comparer le coût du paiement de lurgence (indemnisation
partielle des conséquences de la perte de logement) avec celui du
maintien dans le logement (politique de prévention).
Cette appropriation de lévaluation
pluraliste en matière de logement permettra aux acteurs qui sengageront
dans cette démarche de se positionner de manière efficace
dans les négociations et les propositions pour donner un sens concret
à lintérêt général européen dans
ce domaine.
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MOTS-CLÉS DPH : CONCURRENCE,
INTÉRÊT GÉNÊRAL, LOGEMENT, UNION EUROPÉENNE
GÉO: FRANCE LANGUE ÉDITION: FRE TYPE DE SOURCE: RAPPORT NOM
DU PÉRIODIQUE: LES CAHIERS DE LA RUE VOLTAIRE CONSULTABLE À:
CEDIDELP, 21 TER RUE VOLTAIRE 75011-PARIS, FRANCE AUTEUR DU RÉSUMÉ:
Philippe BRACHET DATE DU RÉSUMÉ: 05/1999.
C.E.L.S.I.G. |