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SERVICE PUBLIC
 
Dossiers de l'AITEC. Groupe Service Public. Résumé des documents


"Local", "service public" et politiques locales. Position du problème.
 

Dans la pratique jacobine de la république, «il nexiste de pouvoir quau centre». Le «local» nest donc quun espace dapplication de décisions toutes prises au niveau «national». Le service public sidentifie alors à lÉtat : cest sa «mission» (jamais démocratiquement définie avec précision). Ceci au niveau des principes ; en termes organisationnels, il est mis en uvre par une administration de type bureaucratique centralisé, légalisé par un droit public de type dérogatoire.
Depuis les années quatre-vingts, cette conception jacobine de lÉtat est en crise : crise politique, crise administrative, ses différents éléments évoluent en se dissociant les uns des autres et les réformes successives aggravent sa perte de cohérence. Pour autant, un modèle alternatif ne se dessine pas - sans même parler de se réaliser. 
 

I - LAPPARITION DU "LOCAL" EN DES TERMES NOUVEAUX CAR POSITIFS (ET NON PLUS RESIDUELS) EST A LA FOIS L'UN DES SYMPTÔMES DE CETTE CRISE ET PROBABLEMENT L'UN DES ELEMENTS DE SON DEPASSEMENT.

Les raisons en sont multiples :

- la crise de lÉtat-providence, où toute décision émanait du centre,

- la décentralisation qui donne des compétences aux collectivités locales,

- la construction européenne, qui dessaisit lÉtat-nation dune partie de sa souveraineté,

- la crise politique, qui est en grande partie celle de la représentation jacobine : les mécanismes qui la légitimaient en termes de participation saffaiblissent. 

II - LE NOTABILISME EST AUSSI UNE MANIERE DE CONCILIER BESOIN OBJECTIF DE POLITIQUES LOCALES, IDEOLOGIE JACOBINE ET EXIGENCES DE CARRIERES POLITIQUES.

La réalité des politiques locales montre que les autorités locales manifestent de diverses manières leur autonomie par rapport au centre: linaction, le refus, la distorsion, un rôle de maître duvre de politiques plus vastes. Ou (depuis les lois de décentralisation) un usage spécifique de leur domaine propre de compétence. Mais il est soumis à des contraintes structurelles et financières. Les limites et les ambiguïtés de la décentralisation font du «local» une réalité floue.    Elle sest mise en place sur fond daggravation de la crise et du chômage; elle a surtout profité au notabilisme comme style de pouvoir local, par la faiblesse de la participation des citoyens à la démocratie locale; elle ne romps pas tant avec le centralisme quelle ne constitue en fait un système semi-centralisé qui laisse à lÉtat la responsabilité des actions à long terme comme laménagement du territoire et la définition de la règle. 
 

III - LE LOCAL EST CONFRONTE A DEUX DEFIS :

- Lévaluation pluraliste des services publics locaux (ou des politiques publiques locales). Elle serait contradictoire avec les intérêts notabiliaires et corporatistes: les évaluations réalisées sont donc surtout quantitatives et réservées aux directions des organismes publics et aux élus-décideurs.

- la réalité des concertations locales des organismes de service public avec les associations dusagers-citoyens. Certes, les associations sont diversement présentes localement. Mais cest largement la conséquence de la structure hiérarchisée et autoritaire des grands organismes de service public. Lexpérience des esquisses de concertation locale à EDF, à la SNCF, La Poste et France Télécoms permet de préciser les conditions dune véritable concertation locale :

1 - une démarche managériale densemble. Les cloisonnements entre directions, avec la direction générale, au sein de cette dernière et avec les ministères de tutelle la vident de contenu parce que linformation pertinente ne circule pas (ex. de «Socrate»);

2 - une concertation nationale consistante. Cest-à-dire:
- des décisions prises après et non avant les réunions,
- des ordres du jour ouverts (pas de sujets tabous comme la longtemps été la tarification),
- des comptes-rendus objectifs envoyés à tous les participants,
- une diffusion croisée des comptes-rendus entre les niveaux national et local de la concertation ;

3 - une perspective stratégique longue, qui donne de lautonomie aux niveaux locaux de lorganisme ;

4 - une contractualisation de la désignation des responsables locaux : ils doivent rester en fonction le temps de lélaboration et de la réalisation dun projet local afin de responsabiliser les équipes.

5 - -elle ne relève pas dabord de la réglementation, mais de la volonté (et de lautonomie) managériale locale de lexpérimenter là où ses conditions sont réunies. Le mieux que la réglementation puisse faire, cest de la rendre possible;

6 - les niveaux national et local de la concertation sont complémentaires :

- le niveau national permet une vue densemble par comparaison des initiatives fortes ;
- le niveau local apporte lexpérience irremplaçable des dysfonctionnements concrets, souvent à cheval sur plusieurs dimensions fonctionnelles. Il se nourrit des informations reçues du niveau national, dont il permet de tester la pertinence et quil alimente à son tour en illustrations et idées nouvelles. Son socle, cest le traitement des plaintes. Mais son domaine peut aller bien au-delà - surtout sil existe une synergie avec la concertation nationale.


IV - LE « SERVICE PUBLIC » SEPROUVE LOCALEMENT A TRAVERS LES EPREUVES, comme attentes concrètes dont limportance pour la société et léconomie locales est ressentie à loccasion de la crise dune activité de service public comme celle de la SNCF ou des transports publics locaux, de La Poste ou dEDF. Ces crises sont loccasion pour une opinion publique locale de se constituer en sexprimant et de pousser à des expérimentations locales de sortie de crise. À la différence de Mai 68, le mouvement social de fin 1995 connaît pour la première fois ses points forts en province (Marseille, Toulouse) et pas à Paris.

Du fait de la proximité des relations sociales locales, qualitativement différentes de lespace national, cette co-existence au niveau local dexigences de service public et dun système politico-représentatif en transformation peut donner lieu :
 

- soit à une récupération notabiliaire qui relance la suprématie dun centralisme masqué, et passe des compromis avec les oligopoles privés,

- soit à lexpérimentation dune conception relationnelle du service public basée sur des formes de concertation locale (comités dusagers) entre les différents acteurs (à linitiative des associations dintérêt général), partenaires dune activité de service public.


V - LAUTONOMIE DU NIVAU LOCAL (ET SON UTILISATION) SERA DANS LES PROCHAINES ANNEES L'EPREUVE DE VERITE DU « SERVICE PUBLIC ».

Sa vision jacobine lidentifie avec un mode de gestion centralisé et autoritaire qui réduit le niveau local à un rôle dassisté et y empêche tout dialogue direct entre acteurs potentiels (élus-décideurs, usagers-citoyens et leurs associations dintérêt général, opérateurs publics, professionnels,). Cest cette pratique jacobine du «service public», prétendant sappliquer uniformément du centre par lexceptionalité du droit public, qui est en crise. Sa légalité est remise en cause par les directives européennes et sa légitimité en est affaiblie parce quelle est fondée sur une représentation qui nest organisée quau sommet - et non sur les besoins sociaux des usagers-citoyens exprimés aux différents niveaux territoriaux pertinents.

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MOTS-CLÉS DPH : ASSOCIATION, CONCERTATION, POUVOIR LOCAL, SERVICE PUBLIC, USAGER, GÉO: FRANCE LANGUE ÉDITION: FRE TYPE DE SOURCE: RAPPORT NOM DU PÉRIODIQUE: LES CAHIERS DE LA RUE VOLTAIRE CONSULTABLE À: CEDIDELP, 21 TER RUE VOLTAIRE 75011-PARIS, FRANCE RÉSUMÉ: BRACHET P. DATE DU RÉSUMÉ: 98/03.

Philippe Brachet


 

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