LItalie est aujourdhui
engagée dans un changement très profond. Une commission parlementaire
est en charge de la révision de la Constitution. Les Italiens sont
inquiets à propos de la réforme du système des pensions
- et plus généralement, de celle de lÉtat-providence.
Les «services publics»
sont eux aussi en pleine transformation, du fait de linternationalisation
du marché, des nouvelles technologies, de la crise politique (corruption
de ladministration publique) et de celle des finances publiques. Ils étaient
devenus ingouvernables du fait de leur ampleur, de leur structure très
compliquée et de leurs déficits.. Ils présentaient
des formes de gestion très différentes, souvent combinées.
Depuis le début des années 90, plusieurs lois et décrets
(cf. annexe I) ont cherché à assainir ce domaine, le rendre
plus efficace, moins déficitaire. Les entreprises publiques sont
privatisées et lorganisation des entreprises de service public
est modifiée pour rendre leur gestion moins bureaucratique, plus
compétitive pour diffuser leur actionnariat.
Le M.F.D. agit pour que ce
changement comporte des garanties efficaces pour le citoyen. Pour quil
nengendre pas de nouveaux phénomènes dexclusion du fait
des coûts croissants des services publics primaires.
1. ASPECTS INSTITUTIONNELS
a) aperçu
historique
Lunification de lÉtat
italien est récente (1861). Celle de la législation et du
marché ont été réalisées par extension
de celles du Piémont. Au commencement du XX e siècle, les
débuts de lindustrialisation entraînent un nouveau rôle
de lÉtat. À partir des années vingts se développe
un régime déconomie dirigée.
De nombreuses entreprises
publiques (ENTI) et sociétés à participation dÉtat
sont créées.
La crise de 1929 entraîne
la création de lIRI (Institut pour la reconstruction industrielle)
dont la mission est lassainissement des grandes banques qui étaient
à la fois actionnaires et bailleurs de fonds des entreprises. LIRI
devient ainsi une holding industrielle et bancaire dont la mission première
est la gestion du patrimoine public. Elle devient de facto linstrument
central des politiques publiques. Ce modèle de gestion a duré
jusquà aujourdhui.
Avec la création
de la république italienne en 1946 et la promulgation de sa constitution
en 1948, le système de gestion étatique des services publics
se renforce: le secteur électrique est nationalisé, de nombreuses
ENTI sont créées, ainsi que le ministère des participations
dÉtat
(supprimé en 1993).
b) les réformes
réglementaires
Le «service public»
est difficile à cerner en Italie - surtout en ce moment de grands
changements. Il nest synonyme ni de propriété publique ni
de monopole. Il nest pas obligatoirement national. Ses formes dorganisation
et de gestion ne sont pas impératives.
Ils sont actuellement gérés
à 4 niveaux géographiques: État, Région, Province,
Commune. Les effectifs des administrations publiques sont de 3 500 000
agents. Depuis 1993, ils sont régis par un contrat de droit privé.
En Italie, les «services
publics» constituent un instrument nécessaire à la
réalisation des droits fondamentaux. La Consti-tution y fait référence.
Ils sont universels et ne correspondent donc pas à une protection
sociale minimum.
Seul, lintérêt
économique général ou prédominant, les fins
dutilité générale peuvent justifier que la propriété
exclusive et/ou la gestion exclusive de certains services publics soient
réservés à lÉtat, aux Régions, aux
Provinces ou aux Communes. Dans tous les cas, cest prévu par la
loi.
Quatre lois de 1990 organisent
le service public. Les normes qui le régissent se réfèrent
aux règles de lUnion européenne et au principe de subsidiarité
quant à lintervention de lÉtat dans les «services
publics».
Leur but est de promouvoir
le développement économique et social. (loi 142) Les nombreuses
prestations qui constituent le service minimum en cas de grève prouvent
que le «service public» est bien différent du service
social.
La Charte des services publics
est définie par la directive du Président du Conseil du 27/1/1994.
Son objectif est de garantir aux usagers la qualité du service.
Cest une sorte de contrat (ou pacte préventif) entre lorganisme
public et ses usagers. Son objet est la prestation délivrée
contre paiement (direct ou indirect). Il prévoit les responsabilités
du fournisseur en cas de manquement. Elle sert de référence
à toutes celles publiées ultérieurement par les organismes
de service public, conformément à une loi (n° 273) de
1995 qui précise les domaines concernés (santé, instruction,
assistance, prévoyance, transports, communications, électricité,
gaz, eau).
La Charte accorde une grande
place aux droits des usagers. Mais tous les organismes publics concernés
ne lont pas adoptée.
c) les régulateurs
et autres formes de contrôle
Ils sont indépendants
de lÉtat et des administrations publiques.
LAutorité garante
du marché et de la concurrence a un rôle général
et exclusif de défense du marché et de la concurrence. À
ses côtés et coopérant avec elle existent des régulateurs
sectoriels dont la mission ne se limite pas à garantir la concurrence.
Les médiateurs civiques
sont dautres organismes indépendants. Ils sont créés
dans le cadre des Régions, Provinces et Communes, ainsi que dans
celui des entreprises et administrations et des services publics de certaines
villes.
d) les services
publics locaux et les autonomies locales
Les municipalités
ont un pouvoir législatif et de grandes responsabilités en
matière de santé, transports, environnement La loi 142/90
a réorganisé les autonomies locales des provinces et des
communes en leur accordant leur propre statut. Les collectivités
locales peuvent transformer la gestion directe de leurs services publics
en gestion dentreprise devant équilibrer ses comptes. Elles peuvent
adopter des statuts particuliers qui tiennent compte de leurs spécificités.
La commune de Rome sest
engagée dans un processus de réforme guidé par les
principes defficacité et de citoyenneté. Elle garde un rôle
de régulateur dune multitude de services, ce qui suppose la création
dinstitutions qui renforcent son contrôle: le Bureau de vigilance
sur les services et lAutorité communale des services publics.
2. LE RÔLE DES
ASSOCIATIONS
a) Présentation
du M.S.D.
Le M.S.D. soccupe depuis
1978 de la défense et de la promotion des droits des citoyens
dans différents secteurs de la vie sociale. Il est constitué
dun ensemble de réseaux de citoyenneté active et dengagement
civique sans liens avec les partis politiques. Les principaux, présents
sur tout le territoire national, sont:
- le Tribunal des droits
des malades (450 sections locales);
- les Procureurs des citadins
(présents dans 250 villes);
- les Services dassistance
et dinformation juridique (S.A.I.G. - présents dans 60 villes).
Son Congrès national
permanent a été constitué par des élections
primaires de représentants, auxquelles ont participé 350
000 citoyens, sans condition dadhésion au M.F.D.. Son siège
est à Rome.
b) laction conjointe
administration-association
Dans le cadre de la privatisation
des «services publics», État et administration centrale
délèguent leurs responsabili-tés directes: le contrôle
des «services publics» est désormais assuré par
des régulateurs et les autonomies locales sont ac-crues. Les citoyens
et leurs associations deviennent les véritables porteurs de lintérêt
général: leur rôle devient central.
LItalie a une longue expérience
dassociations et dorganisations bénévoles agissant concrètement.
Leur champ daction est vaste: la consommation, le droit, lenvironnement
Dautres soccupent des handicapés, des communautés, de laide
aux victimes de la drogue. Il existe un programme qui couvre tout le domaine
de la santé (P.I.T.).
Dans le contexte actuel
de changement social profond, ces organisations institutionnelles, en avance
sur la loi, ont commencé à contrôler et réguler
les «services publics»: elles ne se limitent plus à
la critique mais participent directement à la programmation et au
contrôle de la qualité du service.
Laction conjointe sexerce
dans des domaines et avec des instruments très variés (production
du droit, solution des conflits, monitorage et analyse de la qualité,
action de contrôle, formation professionnelle, gestion directe des
services, production de la réglementation).
Les associations citoyennes
italiennes jouent désormais un rôle concret et quotidien de
contrôle et de régulation des services: elles deviennent de
plus en plus responsables de lorganisation des services. Cest grâce
à elles que chartes et régulateurs peuvent avoir une réelle
efficacité.
S. P.
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