I - HISTORIQUE ET PRINCIPALES
DONNEES
a) Autrefois,
dans les centre villes ayant voulu accéder à l'éclairage,
on produisait du gaz manufactur_ pour divers usages, y compris celui de
l'éclairage à domicile. L'électricité est arrivée
après. C'est la raison historique pour laquelle la distribution
reste surtout mixte, par un enracinement des collectivités.
La nationalisation de 1946
transfère à GDF les cahiers des charges des concessions de
distribution. Elle laisse subsister des régies municipales. La loi
lui confie deux missions d'intérêt général:
la sécurité d'approvisionnement et la desserte là
où elle est économiquement justifiée. Même si
la notion de service public n'est pas explicitement employée comme
dans la loi électrique.
Un écart important
existe sur ce point entre l'électricité et le gaz: pour le
gaz dont le coût du transport est relativement élevé
au regard de son prix, un calcul de rentabilité est nécessaire
pour déterminer les zones desservies : seules les zones à
urbanisation concentrée dépassent le seuil de rentabilité
; les zones isolées ne sont pas desservies. Les grandes infrastructures
de transport vont ensuite modifier les calculs de coûts.
Les obligations de desserte,
de fourniture, d'universalité… n'existent pas pour le gaz. Pas de
mission quant à la manière de desservir ceux qui le sont,
quant à la péréquation des tarifs, quant à
la contribution à la solidarité territoriale, à la
desserte des plus démunis… D'autre part, le service public a toujours
comporté une dimension de sécurité d'approvisionnement.
b) Aujourd'hui, le
gaz est une énergie abondante pour au moins une décennie.
Il est donc compatible avec le court retour sur investissement attendu
et la forte rentabilité financière qu'espèrent les
actionnaires privés.
Les réserves sont
néanmoins limitées : une gestion économe de la ressource
s'impose afin d'inscrire la consommation énergétique dans
une démarche de développement durable et de satisfaire la
demande croissante des pays en développement rapide. C'est pourtant
pour réaliser un profit maximum à court terme que les Anglais
dilapident actuellement leurs réserves de la mer du Nord.
Le C.A. de GDF est d'environ
60 milliards F. La distribution (commune avec EDF) ne se présente
plus à la clé : 80% du personnel y est mixte, même
s'il est réparti en fonction du nombre de clients. Il existe peu
d'agents uniquement GDF, dans les services centraux, commerciaux et techniques
spécialisés. La distribution comprend 70 000 salariés
: si l'on applique les clés conventionnelles, cela donne 25 000
pour le gaz. On peut donc estimer l'ensemble des agents GDF à environ
30 000.
Les clients représentent
en volume, 1/3 pour l'industrie (environ 1/2 avec le tertiaire). Le chauffage
représente les 3/4 des dépenses domestiques en gaz, avec
tarifs spéciaux. Pour les gaziers, l'utilisation cuisine est indispensable
car elle représente l'entrée dans les foyers.
II - PROJET INDUSTRIEL
ET NECESSITE D'APPROVISIONNEMENT, EN FRANCE ET EN EUROPE
Si l'on regarde
l'espace français, il ne comprend plus que trois groupes
énergétiques au lieu de quatre (EDF - 190 M 2 F, Elf-Total
- 450 M 2, Suez-Lyonnaise - 200 M 2) Vivendi ayant liquidé
ses activités dans ce secteur.
En Europe, les pays
présentent de grandes différences en matière de ressource,
approvisionnement et échanges en gaz. Certains comme la France sont
importateurs et d'autres, exportateurs. Leurs intérêts sont
donc différents. C'est la raison pour laquelle il a existé
une directive gaz avant celle que l'on envisage de transposer aujourd'hui.
C'est une directive amont sur la production qui a été qualifiée
de «ce qui est à moi est à moi; ce qui est à
toi est à nous»! Elle n'a pas été explicitement
transposée en droit français: il n'y avait pas lieu de le
faire, la France n'étant pas productrice de gaz. La nouvelle directive
en cours ne concerne que l'aval, l'introduction de la concurrence par l'accès
des tiers au réseau.
Aux plans européen
et mondial, nous constatons une convergence croissante entre électricité
et gaz. En amont, parce que l'utilisation du gaz naturel pour la production
d'électricité va croissante (du fait des progrès technologiques
et du bas prix actuel du gaz). Le temps de retour sur investissement en
est intéressant. D'où la question nouvelle que se posent
aujourd'hui des groupes électriciens d'accès au gaz naturel.
En aval, en termes d'offre de services multi-énergies. Le modèle
comprenant l'électricité d'un côté, le gaz de
l'autre et la concurrence entre eux se brouille par l'apparition en plus
de formes de convergence. De grands groupes principalement d'origine électrique
s'intéressent aujourd'hui au gaz, capitalistiquement parlant.
Il faut distinguer entre
les ƒtats producteurs et les compagnies : en mer du Nord, les deux existent.
Elf y est présent, mais c'est surtout Exon Schell, puis BP et les
Norvégiens qui contrôlent les gisements. Le producteur historique
est la Hollande. L'important pour eux est le contrôle des débouchés
pour le celui de la rente. Les nouveaux enjeux se déplacent. GDF
est la seule compagnie intégrée de gaz comprenant à
la fois du stockage, de gros tuyaux européens, des tuyaux en France
(dont une partie est partagée avec Elf), et le contrôle de
clients finaux.
Dans ce contexte, une politique
énergétique purement française n'a pas de sens : nous
sommes dans une phase de transition dans laquelle chacun des États
européens a des atouts spécifiques. Ceux qui ont des ressources
naturelles se les gardent, touchent une partie de la rente. La France a
créé un avantage comparatif sur le nucléaire, dans
des conditions d'acceptabilité sociales déterminées
- y compris de rapport de forces dans la rue. Mais dans la durée,
on ne voit pas ces politiques nationales se maintenir : peut-on rebondir
sur une dimension européenne à partir d'apports de chaque
État ? Une ligne stratégique en serait la non-dépendance
face à l'oligopole pétrolier mondial.
III - STRUCTURES ET
ORGANISATION DU SECTEUR
a) Quel avenir
pour GDF?
Le système actuel
de condominium n'est pas stable. Les deux issues les plus probables pour
GDF sont d'être filialisée à EDF ou d'être intégré
par les groupes pétroliers, la clientèle moyenne et petite
étant laissée à EDF. GDF intéresse les compagnies
privées car elle est la seule compagnie intégrée de
gaz
La solution alternative
gaz + électricité se serait réalisée depuis
longtemps si le système était privatisé, par absorption
de GDF par EDF. Mais actuellement, cela supposerait de remettre en cause
la stratégie d'EDF, qui n'est pas sous contrôle de l'État
ni des pouvoirs publics, mais de personne: il n'existe de contrôle
ni démocratique ni stratégique de son propriétaire,
la nation, mais un EDF impérial. Or les bonnes idées industrielles
ne suffisent pas: les conditions de faisabilité démocratique
sont aussi nécessaires pour peser sur le rapport de forces.
Pour GDF, ne pas choisir
son camp, c'est se faire couper en morceaux.
b) La régulation
du secteur
Celle à organiser
doit partir de la définition claire et démocratique de la
politique énergétique, qui est du ressort de la fonction
d'orientation, donc du Parlement, comme le dit la loi sur La modernisation
du service public de l'électricité. Finalement, le même
régulateur traitera du gaz et de l'électricité.
Le fonctionnement du consortium
d'achat qui existe de fait au plan européen donne aux acheteurs
la taille nécessaire pour obtenir des contrats satisfaisants en
équilibrant l'oligopole des producteurs. Partie intégrante
de la politique énergétique nationale, il doit poursuivre
son action dans une dimension européenne afin de fonder une véritable
vision d'un intérêt général européen
caractérisée par la sécurité d'approvisionnement
et une vision à long terme des besoins des populations et de leur
satisfaction.
Au plan local (qui est du
ressort des autorités concédantes) revient le respect des
modalités de fonctionnement du marché du gaz ainsi que les
missions de service public au quotidien. L'existence d'un système
d'Observatoires régionaux est un enjeu démocratique.
Les tarifs (leur
niveau et leur péréquation géographique) seront un
test du caractère démocratique de la régulation. Aujourd'hui,
les tarifs du gaz sont si élevés que GDF génère
10 M 2 F de cash. Mais personne ne proteste parce que toutes les décisions
sont prises à Bercy (en toute opacité démocratique)
en faveur de GDF, dans le sens d'une politique expansionniste d'achats
à l'extérieur (Mexique, Pologne, Autriche). Ce qui prouve
bien qu'un contrôle centralisé des prix ne se traduit pas
par leur optimum pour le consommateur.
IV - LE SERVICE PUBLIC AUX
USAGERS
Le choix de l'énergie
par les usagers-citoyens doit laisser ouverte l'option gazière.
L'accès au réseau n'étant pas économiquement
possible sur l'ensemble du territoire, la notion de service public du gaz
se concrétise surtout au niveau local (égalité, continuité,
mutabilié, sécurité d'approvisionnement, accès
de tous et cohésion sociale, aide aux plus démunis, etc.).
Tous les opérateurs gaziers doivent avoir obligation d'y contribuer
selon des modalités à définir, qu'ils disposent ou
non d'un réseau de gaz.
La préservation de
l'environnement participe pleinement de ces missions, que ce soit pour
la population des pays développés ou pour celle des pays
en développement.
Le choix d'un service public
démocratisé comme le propose l'AITEC [cf. les deux fiches
sur la représentation des usagers - propositions et débat]
suppose de mettre sérieusement en examen les grands systèmes
centraux comme idéologiques et d'expérimenter. Prétendre
que tout serait préparatoire à une solution miracle (les
énergies renouvelables) est une autre idéologie.
L'option démocratique
se fonde sur l'usager-citoyen comme acteur ; elle nécessite une
alliance stratégique avec les collectivités locales, qui
elles ont un vrai pouvoir institutionnel. Pas tellement en tant que telles
mais parce que ce sont les élus qui font les lois. La démarche
fondamentale est le contrôle par le bas (l'usager-citoyen) de la
distribution, qui appellera un contrôle par le haut de la rente (sa
production et sa répartition entre acteurs). Il faut aboutir à
un équilibre de pouvoirs de régulation. Le pouvoir énergétique
est aujourd'hui extrêmement concentré en quelques mains :
il faut créer d'autres lieux de pouvoirs pour redonner des marges
de délibération.
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MOTS-CLÉS DPH
: DISTRIBUTION, INTÉRÊT GÉNÉRAL, PRODUCTION,
SERVICE PUBLIC, USAGER, GÉO: FRANCE LANGUE ÉDITION: FRE TYPE
DE SOURCE: RAPPORT NOM DU PÉRIODIQUE: LES CAHIERS DE LA RUE VOLTAIRE
CONSULTABLE À: CEDIDELP, 21 TER RUE VOLTAIRE 75011-PARIS, FRANCE
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