Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
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SERVICE PUBLIC |
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| Lhistoire dEDF commence
par la constitution progressive depuis la fin du XIX e siècle du
réseau national à partir de la création dunités
de production (privées) à côté des grands pôles
de consommation. De 1920 à 1935, de grands ensembles interconnectés
se construisent à partir de ce qui existait à proximité
des ressources naturelles, poussés par la logique des rendements
croissants. Mais la crise des années 30 ébranle le secteur
et pousse à la concentration. La CGT et la Fédération
des Collectivités locales concédantes envisagent déjà
une nationalisation du secteur. À la veille de la guerre, elle est
presque réalisée sur le plan technique, autour du duopole
Durand-Mercier.
- La Reconstruction En 1946, Electricité
de France est créée à partir de la nationalisation
des producteurs. Dès lorigine, EDF est conçue comme une
entreprise publique nationale disposant dune autonomie dentreprise industrielle
et commerciale. LÉtat, les consommateurs et le personnels sont
représentés au Conseil dAdministration (gestion tripartite).
Lélectricité fait partie des priorités de la reconstruction
financée par laide Marshall à partir de 1947. La recherche
de cohérence est indispensable: cohérence dans les statuts
des personnels et dans lorganisation. Les structures sont rationalisées
(directions des études et recherches, de léquipement, de
la production-transport, de la distribution); les métiers, structurés;
les tensions électriques, unifiées sur le territoire national.
Larbitrage entre sources de production se fait en faveur de lhydraulique,
qui coûte cher en investissement mais est très économe
en fonctionnement: cest donc un choix en faveur du long terme et de lindépendance
énergétique nationale.
- Le développement rationalisé (1954-1972) La nécessité est ressentie par EDF de mettre au point des méthodes économiques pour encadrer le développement électrique. Dans le silence des textes, lentreprise sinvente une morale collective. Dabord une méthode
des choix dinvestissements: le taux dactualisation qui revient à
classer les projets selon leurs coûts actualisés. Ce classement
fait apparaître ceux dont la rentabilité est supérieure
à la norme fixée par le Plan (et qui dépend de la
rareté des ressources en épargne longue): ceux-là
seuls sont retenus. Cette méthode permet donc dinscrire les décisions
dinvestissement dEDF dans le cadre de la cohérence macro-économique
de la planification. EDF relève les grands défis techniques
de lintégration verticale et de la normalisation horizontale. Elle
réalise des gains de productivité importants: comment les
mesurer et les affecter équitablement entre les clients-usagers
(baisses relatives des tarifs), les agents (hausses de salaires) et lÉtat
(dividendes) ? Cest la méthode du surplus de productivité
globale des facteurs.
Ces principes sont pour lentreprise le moyen déviter linterventionnisme en ordre dispersé des différentes tutelles. Ce nest pas lÉtat qui a défini ces critères, mais il les a acceptés. La relation avec la tutelle se détend dans la mesure où la morale de service public est accepté par tous. En 1970, la lettre de mission accompagnant le contrat de plan constitue la première définition de ses missions depuis la nationalisation. EDF se mobilise pendant deux ans pour lexpérience contractuelle. Son abandon avec la chute du gouvernement Chaban-Delmas dé-crédibilisera la démarche contractuelle auprès des agents pendant dix ans. - La dérive bureaucratique (1973-1989) Les tutelles reprennent leurs contrôles a priori dé-responsabilisants au moment où lentreprise réalise limportant programme électro-nucléaire, dautant plus coûteux quil a été décidé tardivement par lÉtat et que ce dernier ne respecte pas ses engagements financiers (risque de change des emprunts à létranger). À partir de 1984, la politique contractuelle est reprise a minima. La période managériale
(1989-1992) - À partir de 1985, la reprise progressive par lÉtat
de la démarche contractuelle a permis à lentreprise de décider
de son changement interne dans une vision à long terme. Elle est
partie de la prise de conscience que désormais, dans la croissance
logistique qui correspond au 3 ème âge de la vie de lélectricité,
les surplus de productivité ne proviendront plus dabord des paris
technologiques, des effets de taille et de série ni des rendements
croissants dus au réseau. Ils seront dabord fonction de lenjeu
de la qualité. Lélectricité étant vecteur
de services de plus en plus diversifiés et décentralisés,
le centre de gravité stratégique de lentreprise se déplace
damont vers laval, de la production vers le service aux usagers-clients.
Lentreprise décide
de sengager dans un management stratégique intégré.
Dans le M.S.I., les trois aspects ont leur importance.
Le M.S.I. est la responsabilité première de la direction dEDF: cest elle qui la décidé en 1989 après tout un travail délaboration. Pendant quatre ans, il réussira à impulser une dynamique de changement qui permettra de conforter de bons résultats financiers malgré une conjoncture «molle» et de concilier démarches commerciales et de service public. Mais cet élan est retombé depuis la nomination en 1992 du nouveau président. Rompant avec la tradition dEDF, les deux dernières nominations ont déstabilisé et délégitimé lentreprise: au moment où le M.S.I. aurait dû plus que jamais être poursuivi avec continuité et ténacité pour mobiliser agents et partenaires extérieurs de lentreprise pour une refondation dun service public moderne compatible avec la construction européenne, le M.S.I. est abandonné de facto. Les réactions de la majorité des agents et des syndicats comme de la direction à la directive européenne sur lélectricité de décembre 1996 (cf. fiche résumée) vont dans le même sens: ils ont ressenti la fin prochaine du monopole comme une menace et non comme un stimulant pour re-légitimer la démarche de service public auprès de ses usagers. Face aux logiques contradictoires (technique, dusage, commerciale, financière, politique) le management consistait à leur donner un poids à travers une représentation: la direction pouvait organiser les arbitrages (au niveau le plus décentralisé possible, selon le principe de subsidiarité) parce quelle avait des interlocuteurs. - Depuis 1992, le retour au commandement Cest la logique court-termiste de lactionnaire qui prédomine de nouveau: lÉtat privilégie limpératif financier, ce qui vide de son contenu social les nationalisations et les transforme en étatisation-marché. Conséquence: EDF est désormais gérée selon une logique de commandement, en fonction darbitrages de court terme et non plus des besoins sociaux. Le déficit de légitimité de cette dernière a des conséquendces croissantes, internes comme externes. Quel électro-choc sera nécessaire pour relancer la démarche managériale dEDF? Quand et comment faudra-t-il que la crise éclate pour relancer le changement nécessaire, pour refonder le «servie public» de lélectricité? Lui faire retrouver sa véritable légitimité par la relance du partenariat avec ses usagers-citoyens, considérée enfin comme dimportance stratégique ? -=-=-=-=-=-
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