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SERVICE PUBLIC
 
Dossiers de l'AITEC. Groupe Service Public. Résumé des documents


Débat autour des propositions de l'AITEC sur "la représentation des usagers-citoyens dans les services publics"
 

Paul ÉMAER (secrétaire général adjoint de la C.S.F., représentant des usagers au C. A. de La Poste)

 La proposition de lAITEC répond à lune des revendications des associations de consommateurs et dusagers : une concertation permanente avec les services publics, à tous les niveaux. 

Quelques critiques pour laméliorer :

1° - Je conteste le postulat syndical. selon lequel «lusager-consommateur-citoyen na pas vocation à co-diriger le processus de production des services». Si les syndicats français refusent de co-gérer les services publics, pourquoi sont-ils dans leurs C.A.? Pour ma part, je suis favorable à la co-gestion car les services publics sont destinés à lensemble des citoyens. Ils doivent donc être co-responsables de leur gestion. Sils trouvent que cest important, ils doivent sy investir. Être présent pour recevoir les documents mais ne pas sy mouiller, cest une attitude contradictoire.

2° - Nous constatons quà certains endroits, la concertation avec les usagers est impossible - surtout dans les services publics locaux. Il ny a rien de pire quun élu sur ce plan: il est à la fois chef dentreprise et représentant lintérêt des usagers. Cest très pratique pour lui: il décide à la fois des tarifs et de ce qui est bon pour lusager! Les élus locaux naiment pas partager leur pouvoir. On leur demande en fait un lieu où lusager des services publics puisse exprimer ses besoins et évaluer les résultats.
Les seuls endroits où une certaine concertation existe, cest dans les grandes entreprises publiques, au niveau national (EDF, GDF, La Poste, la RATP). Au plan local par contre, sa concertation a peu de consistance. Elle supposerait une volonté politique de ses instances locales, ce qui nest pas toujours le cas. Dautre part, les associations locales (une vingtaine en théorie) sont souvent inexistantes sur le terrain. 
Les seuls endroits où une certaine concertation existe, cest dans les grandes entreprises publiques, au niveau national (EDF, GDF, La Poste, la RATP). Mais quand EDF la première la mise en place en 1975, cest pour compenser son déficit de légitimité dû au plan électro-nucléaire. Au plan local par contre, sa concertation a peu de consistance. Elle supposerait une volonté politique de ses instances locales, ce qui nest pas toujours le cas. Dautre part, les associations locales (une vingtaine en théorie) sont souvent inexistantes sur le terrain. Les syndicats utilisent ces instances pour venir avec leurs banderolles et leurs revendications. Or ils ont dautres endroits pour cela. Nous luttons pour quexiste au moins une réunion annuelle départementale de concertation consacrée effectivement aux questions des usagers.


François ROSSO (C.L.C.V.)

Lintervention de lusager doit être au cur du service public car «le consommateur nest pas le sous-produit du citoyen». Or la concertation locale usagers-services publics ne fonctionne pas. 

Si lon inscrivait la négociation sur les salaires et les conditions de travail dans des instances où se retrouvent aussi dautres partenaires que les directions et les syndicats, ces derniers rejetteraient cette idée comme inadmissible. Il en est de même pour les organisations de consommateurs: nous demandons une concertation bilatérale. Or la proposition de lAITEC  institue un parlement départemental. Tout le monde a quelque chose à dire sur le service public. Mais tous les salariés ont aussi leur mot à dire sur le travail! Il existe déjà des instances où les consommateurs ne font que de la figuration: exemple, le Conseil économique et social.

La proposition de lAITEC est une tentative de réponse globale aux changements que connaissent les services publics sous linfluence de la mondialisation (doù limpuissance de lÉtat qui na plus les moyens de sa politique) et de la poussée du cadre législatif européen. Dans ce nouveau contexte, comment lÉtat peut-il définir et réguler les services au public? Quils soient privatisés ou non, le coût du financement de leur modernisation est finalement supporté par lusager. Pour dépasser cette situation, il faut arrêter de vouloir refaire les services publics de la Libération. Veut-on enfin donner un rôle et des moyens aux organisations de consommateurs, clarifier leur place? Il faut définir des critères qui évitent lactuelle dispersion à 18.

Dautre part, je demande que soient rajoutées dans le champ des services publics les autoroutes, le transport aérien et maritime.
 

Noël MAMÈRE (député, Les Verts)

Le problème des services publics nest pas de savoir si lÉtat doit faire voler des avions ou construire des automobiles, mais dabord celui de la participation des usagers-citoyens dans le fonctionnement des services publics. Or  ce sont souvent des alibis. Étant trop peu nombreux et nétant pas les mêmes, ils ne peuvent pas réellement exprimer un point de vue.

 Il faut partir de la base. Dans les quartiers, par exemple, très peu dassociations de consommateurs ou dusagers dans le champ social sont présentes. Ce sont souvent des gens dévoués, mais qui en restent encore à des notions très anciennes. Ils nont pas toujours conscience des réponses à apporter à la nouvelle demande sociale. Or quand cela ne va pas à la base, cela ne peut pas aller non plus plus haut. LÉtat se situe dans un rapport de forces et en profite. Il est facile de profiter de la faiblesse des associations dusagers pour sen servir comme dalibi.
Il faut nationaliser les grands services publics nationaux! Prenons lexemple de la SNCF: quels sont les droits de lusager? Quand les trains sont en retard, réclamer pour attendre 45 jours quon le rembourse - et encore! Ils ne participent en rien à la politique daménagement - de déménagement, en fait - du territoire que pratique la SNCF. Avez-vous jamais vu les usagers infléchir sa politique de suppression des lignes de proximité ou de création des lignes TGV? Ou sa politique de transport combiné? La SNCF est le premier transporteur routier de France. Elle ne le développe pas parce quen tant que groupe, elle ny a pas intérêt et quelle na pas de contre-pouvoir. Elle est en position hégémonique, en complicité objective en matière de prise de décision avec son principal actionnaire, lÉtat. Il en sera ainsi tant que les usagers nauront pas une place à part entière dans le fonctionnement des services publics. «Service public» restera un mot, un tabou dans la rhétorique française tant que nexistera pas de structure où lÉtat et les consommateurs débattent de leur fonctionnement. Pour linstant, la plupart des grands services publics prennent leurs décisions sans aucune concertation des usagers. Les propositions de lAITEC sont importantes sur ce point. Elles nous aiderons dans notre travail législatif, parlementaire.
 

Christian BATAILLE (député, Parti Socialiste)

Il est un peu court daffirmer quil y aurait dun côté ladministration et les élus, sorte de bloc qui régenterait la société, et de lautre les usagers: on peut souvent être lun et lautre.  Il faut donc distinguer entre lexécutif et son administration et les usagers, selon les cas de figure.

Lactuelle remise en cause des services publics provient surtout de lactuelle opposition de droite. Pour autant, la «gauche plurielle» ne doit pas refuser dexaminer le dossier du service public. Louvrir aux usagers me paraît un élément de modernisation essentiel. Cela doit se faire dans notre cadre constitutionnel. Or nous sommes dans une démocratie représentative et non à la Suisse. Si quelque chose ne va pas, cest que les représentants jouent mal leur rôle. Il est logique que, le Parlement ayant rempli son rôle, les usagers soient associés à lévolution nécessaire des services publics. Dautre part, il faut maintenir la péréquation des tarifs.

Le projet de lAITEC pose un cadre intéressant. Il devrait prendre davantage en compte les parlementairres.
 

Michel DAUBA (P.C.)

Des menaces structurelles lourdes concernant dactualité expliquent peut-être que nous nayons pas donné toute sa place à létape nécessaire de rénovation et de démocratisation des services publics. La place des usagers sera essentielle pour la prochaine période. Les services publics participant fortement du lien social, ce progrès constitue une urgence. 
La structure proposée par lAITEC est départementale et nationale: quid de lEurope? 

Japprécie la proposition de lAITEC de comités départementaux et national. Elle devrait se prolonger au niveau européen. Mais elle reste dans une problématique délégataire. Or cest précisément lensemble des systèmes délégataires, représentatifs qui est aujourdhui en crise. Il faudrait réfléchir à des formes plus directes dintervention comme le droit à linitiative citoyenne.

Il est proposé dadmettre les syndicats dans ces comités: je suis daccord sil sagit des syndicats dagents de services publics. Les unions départementales des syndicats sassimilant davantage à la représentation des usagers populaires.

Quand aux moyens financiers, ces organismes vont être confrontés à la question de lexpertise. Il faudrait trouver des formes de mutualisation avec dautres structures.
 

Alain GUYADO (CFDT)

Les services publics sont pluriels et évolutifs; les usagers aussi.

Il faut distinguer deux aspects : 
 

1- le fonctionnement normal. Là, la place des usagers devrait aller croissante car il y a beaucoup à faire. Mais faut-il tout recommencer ou revitaliser lexistant ?
2- la définition des missions, du contenu du service public: la place de lusager-citoyen est très insuffisante aujourdhui.  La place du citoyen-usager doit être fondamentale dans la redéfinition de missions nécessairement évolutives, qui engagent lavenir et comportent des questions sous-jacentes comme celles liées à lenvironnement.
Faut-il traiter ces deux questions dans la même structure?

Nous partageons la philosophie densemble du texte de lAITEC. Mais pour autant, faut-il changer les structures actuelles? Peut-il y exister une véritable concertation? Dans une vision évolutive des services publics, les structures à mettre en place sont-elles les mêmes pour tous? Ou adaptées à chacun? Limportant est détablir une vraie concertation, afin que les choix importants soient débattus avant, et pas simplement renégociés après. La question de la régulation est seconde par rapport à celle des grandes orientations, dans limportance des évolutions actuelles. 
 

Olivier FRACHON (F.N.E.-CGT)

Cette question de la démocratisation des services publics est pour nous au cur des enjeux actuels. Car ils sont confrontés à des besoins sociaux nouveaux auxquels ils ne répondent pas. Cette question ne doit pas être laissée aux seuls responsables des services publics et à leurs salariés: lensemble de la population (usagers, citoyens, salariés) doit pouvoir peser.

Il faut lever certains malentendus:  nous ne refusons pas la co-gestion, lintervention dans la gestion. Il est vrai quil existe une certaine méfiance dans les C.A. des entreprises publiques entre les représentants des consommateurs et ceux des salariés. Les seconds ne comprennent pas bien les premiers, les soupçonnent de ne pas comprendre leurs spécificités. Et pour les premiers, les seconds défendent des intérêts corporatistes. Aujourdhui, les syndicats sont entrain de dépasser cette contradiction.

La démocratisation des services publics en constitue la première modernisation, et même le moteur. Les usagers-citoyens comme les élus doivent avoir une véritable place dans leur fonctionnement, comme les salariés. Car ces derniers, au cur du processus de production et de gestion, peuvent éclairer certains enjeux. 
La proposition de lAITEC est intéressante et mérite dêtre débattue. Elle recoupe nos débats actuels. Mais elle ne tient pas compte de lexistence actuelle de représentants des usagers et des salariés dans les C.A., qui selon nous doit être renforcée.

Quant au niveau départemental, il nous paraît adéquat à la distribution des services publics. Mais il faut le conjuguer avec des questions dordres régional et national, même si des contradictions dintérêts apparaissent. La démocratisation passe aussi par la rénovation du rôle du Parlement en la matière.
 

Anne QUERRIEN

Le champ de cette représentation devrait couvrir tout service public, même sil est différemment couvert selon les départements. Le système doit permettre le débat posé par un noyau de consommateurs avec réseautage entre départements.
Le rôle dun lieu usager nest pas la contre-expertise, (cest de la rigolade). Les gens sont porteurs dune capacité dexpertise. Leur savoir doit avoir une légitimité dans la saisine de cette instance. La parole des consommateurs-citoyens doit être reconnue comme telle, sans avoir à se cacher derrière lexpertise.
Quand les ordres du jour sont décidés par les pouvoirs, les attentes des usagers sont systématiquement filtrées: ils doivent être liée à la saisine des usagers. 
 

Claude QUIN

Trois points : 

1- Le document de lAITEC est trop juridique. Il faudrait dabord dresser un bilan de la concertation dans tous les services publics: de ses insuffisances mais aussi de son apport.
Il a parfois existé une discussion avec une partie de la population et quelques élus. Il a fallu pour cela que se crée une confiance, des modalités locales, mettre de largent. Lexpertise est un piège qui coûte cher à tout le monde si lon nest pas attentif. Il faut quune autorité cadre la concertation en affichant les questions soumises à la concertation ainsi que le type de réponses attendues.

2- Il faut demblée soumettre cette proposition au plan européen, quelle ne reste pas franco-française. 

3- Il ne faut pas dissocier le ponctuel des questions dordre général. Le plus important aujourdhui pour les usagers, cest de connaître la stratégie des services publics: à quels besoins ils entendent répondre et comment. Sinon, lintervention des usagers serait dissociée du panorama et déclinerait. Or les entreprises publiques ont du mal à expliciter leur véritable stratégie. Il sagit là dune bonne lutte commune usagers-syndicats qui sera le cadre général donnant sens aux projets ponctuels.
 

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MOTS-CLÉS DPH : ASSOCIATION, CONCERTATION, SERVICE PUBLIC, USAGER, GÉO: FRANCE LANGUE ÉDITION: FRE TYPE DE SOURCE: RAPPORT NOM DU PÉRIODIQUE: LES CAHIERS DE LA RUE VOLTAIRE CONSULTABLE À: CEDIDELP, 21 TER RUE VOLTAIRE 75011-PARIS, FRANCE
 

Débat à lAITEC sur ses propositions, avec les syndicats, les partis et les associations, le 15 juin 1998


 

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