Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
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SERVICE PUBLIC |
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experts insistent sur limpérieuse nécessité dinstaurer
dans les villes africaines de véritables marchés des terrains
à bâtir sur lesquels les constructeurs viendraient sapprovisionner.
Si on les suit dans leurs raisonnements, le marché fait apparaître
clairement les valeurs et les prix, les qualités et les quantités...
de telle sorte que nimporte quel candidat-constructeur puisse en payant
le prix annoncé acquérir le terrain qui corresponde à
son pouvoir dachat.
Lidée dun tel marché est alléchante. Elle semble logique et pertinente : le marché est lorganisation toute trouvée de confrontation des offres de biens et des demandes des mêmes biens, et le terrain à bâtir est un bien urbain essentiel. Cette
organisation dun marché ne peut fonctionner, nest bénéfique
quà certaines conditions :
Même si le projet dinstauration dun marché foncier particulier est révisable à la baisse (moins de conditions ou des conditions plus souples), il nest pas besoin dêtre grand clerc pour se rendre à lévidence : cest un projet infaisable en Afrique. Alors la question est : pourquoi le marché foncier est-il si souvent présenté comme la solution ? Les experts qui font ces propositions sont-ils spécialement stupides ? Non bien sûr. La principale vertu du projet de développement dun marché foncier est dabord de servir dinstrument idéologique de lutte contre les pratiques actuelles, contre les désordres fonciers dont elles sont la manifestation. Actuellement
les villes de lAfrique subsaharienne francophones sont organisées
autour de trois (pour faire simple) filières foncières principales
:
La
première quantitativement marginale (quelques pour-cent de lensemble
des transactions) est effectivement lembryon dun marché digne
de ce nom.
La deuxième filière, plus importante (dix à quarante pour-cent) est actionnée par la puissance publique. Elle continue la tradition de lEtat colonial (la colonisation fonde sa puissance sur les villes quelle fonde, si je puis dire) et de lEtat grand architecte du développement national. LEtat distribue là du sol équipé à des prix damis à ses amis, aux groupes sociaux qui forment sa base socio-politique ou qui lappuie. Les classes moyennes que jappellerais traditionnelles, de la vieille techno-bureaucratie ou de larmée, y trouvent leur bonheur. Elles peuvent soit sy approvisionner pour elles-mêmes soit y acheter pour revendre en encaissant la diférence entre le prix dami et le prix marchand. La troisième filière dite populaire est dominante. Cest une ruche. Tout sy achète et tout sy vend, sans aucune certitude : les terrains ne sont dotés daucun statut légal, les prix flambent facilement, les contenances sont indéterminées... Cest pourtant là que les gens ordinaires viennent sapprovisionner en diminuant les risques. Et une bonne manière de les diminuer est de faire jouer les liens familiaux et culturels, ethniques comme on dit. Cet art du jeu social est la grande ressource des plus démunis. On
comprend que la création dun marché foncier cest dabord
lanéantissement de la filière techno-bureaucratique puis
la normalisation-moralisation de la filière populaire cest à
dire sa probable destruction. Sur ces ruines, à proximité
de la première filière, on veut reconstruire un marché
digne de ce nom, loin de lEtat, indifférent aux liens sociaux,
unitaire, moral, avec, à la veille des grandes fêtes, de grandes
ventes promotionnelles à destination des pauvres. Et même
si la création dun tel marché nest pas faisable, son annonce
a pour effet certain de déstabiliser et de culpabiliser.
Jean-François
Tribillon
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