Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
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SERVICE PUBLIC |
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vais partir dune vision concrète et spécifique, je dirais
même triplement concrète et spécifique, qui est celle
dun consultant en développement régional, travaillant régulièrement
en Europe de lEst depuis un peu plus de trois ans. Cette triple spécificité
tient au fait que les pays de lEst ne sont pas pour moi objet détudes
ou de recherches, mais sont le contexte de ma pratique. Deuxième
aspect de cette spécificité : mon travail ma conduit en
Pologne et surtout en République tchèque, et pas ailleurs
! Troisième aspect : mon travail ma amené à
avoir un point de vue local ou régional, et non «macro»
ou global. Enfin, je dois préciser que mon intervention remplace
celle de Jean-Yves Potel, et quelle a été décidée
hier ! Je sollicite donc toute votre indulgence.
Je vais me faire violence et tenter de généraliser à partir de ces aspects très spécifiques. Je voudrais développer deux points : les contradictions du retour au marché, et les difficiles réponses, ou tentatives de réponses, aux blocages, aux risques sociaux et politiques qui naissent de ces contradictions. Je terminerai par quelques interrogations qui sont, je crois, au cur de notre débat, et je donnerai de manière un peu lapidaire, ma réponse. Si
je vous parle de «retour au marché», cest parce que,
dans les sociétés que jai pratiquées, le marché
a existé, de même que la démocratie. Il sagit donc
dun retour, et il existe encore dans ces pays, des témoins de cette
époque où marché et démocratie fonctionnaient
à peu près comme chez nous.
Les privatisations, très avancées en République tchèque, en Hongrie, moins en Pologne, encore moins ailleurs, se développent à peu près partout dun même mouvement. Elles se manifestent par des changements dans la propriété, dans lesquels il y a mélange de diverses formes de propriété : financières, industrielles et même populaire, puisque la volonté détablir un capitalisme populaires est une réalité en République tchèque aujourdhui. Jajoute que lEtat na pas, jusquà présent, abandonné certaines parts de propriété dans des secteurs de lindustrie lourde ou stratégique, par choix ou par nécessité, et il ne paraît pas compter le faire. La
privatisation apporte aussi un changement profond dans les alliances. Le
système tchèque, par exemple, reposait profondément
sur une alliance que lon pourrait appeler «techno-bureaucratique»,
cest-à-dire entre les technocraties dentreprises et les bureaucraties
dEtat, qui étaient très fortement imbriquées et que
lon voit toujours à luvre dans les société qui
nont pas été privatisées. La privatisation
est donc une félure ou une rupture dans cette alliance.
Enfin,
il ne faut pas oublier que la privatisation saccompagne dune modification
profonde de la structure productive par léclatement des konzern
et la fin des monopoles. Il en résulte, de façon incontestable,
une place offerte à linitiative et la création de petites
entreprises, une prise de responsabilités plus grande dans les entreprises
elles-mêmes - le parapluie de lEtat nest plus là ! -, une
recherche de productivité et, pour le consommateur, un choix plus
ouvert, et, parfois, tout simplement la fin de la pénurie, avec
des prix naturellement plus élevés.
Voilà
ce que je mettrai au crédit de ces deux aspects que prend le retour
au marché.
La crise du contrôle social Au début de ces changements, je mettrai en premier lieu la disparition du système de «sécurité sociale» au sens large, ainsi que celle de la solidarité. La sécurité sociale était assurée, dans sa quasi-totalité, par les organes sociaux des entreprises. Ceux-ci, soumis aux impératifs du marché et dune rentabilité propre, ont commencé par se défaire de ces services. La disparition de la solidarité, elle, tient à une autre raison : elle était le mode clandestin dorganisation de la société civile sous la dictature. La disparition de celle-ci a entraîné celle de la solidarité, dont léclatement de Solidarnosc en Pologne est la métaphore. Des groupes damis qui se voyaient trois fois par semaines pour tenir le coup en temps de dictature, se rencontrent difficilement deux fois par an aujourdhui. Il ny a plus désormais de système de solidarité, institutionnelle ou auto-organisée. Il y a aussi toutes les déviations mises en évidence dans les médias : spéculation, corruption et introduction des pratiques mafieuses. La spéculation ne fait aucun doute : pour beaucoup, le marché, cest la possibilité de senrichir très vite aux moindres frais. La corruption existe, mais dans les pays que je connais, elle me semble être contenue dans des limites acceptables. Quant aux pratiques mafieuses, on a trop tendance à extrapoler ce qui se passe, à ce quon dit, dans lex-CEI, et si elles existent dans les pays dont je parle, elles se limitent à des domaines marginaux de la vie économique. Encore
au débit, la dépendance, en terme de savoir-faire, dassistance
technique, en terme de propriété par la vente dentreprises
à des étrangers, dépendance pour certains pays par
le biais de la dette. Là aussi, il faut tempérer les choses
parce quon nest pas parti dune situation dindépendance. On a
toute raison de regretter de nouvelles dépendances, mais on est
loin datteindre la situation de dépendance antérieure.
Nous sommes dans une situation dans laquelle tous les anciens mécanismes de contrôle social, de régulation, ont été supprimés, et où les nouveaux nont pas été mis en place. Chacun commence, dans ces pays, y compris les chantres du capitalisme le plus effréné, à se rendre compte quil y a des risques de blocage et de dérapages sociaux et politiques. Des pratiques commencent à émerger, mais elles sont bloquées par des limitations dordre conceptuel. On saperçoit tout dabord que le langage évolue beaucoup plus vite que la pensée, et que derrière des raisonnements libéraux se cache toujours une sorte de vision de léconomie et de lévolution des sociétés où un «dieu» interviendra pour résoudre les, problèmes. Ce dieu était, avant lEtat et le parti, aujourdhui, pour beaucoup, cest linvestisseur étranger. Il y a aussi le dogmatisme ou la naïveté tout à fait déconcertants des tenants de léconomie de marché. Je citerai seulement le cas de Klaus qui, ayant à donner son opinion sur la présence de plus en plus pressante de capitaux étrangers dans les médias, a déclaré que linformation était une marchandise comme une autre et quil ny avait pas lieu dy imposer la moindre régulation. Il a eu la même réaction en ce qui concerne la création dagences privées de sécurité, en réalité de véritables polices privées. Cela
étant, ces pays sont en train de redécouvrir limportance
dune mise en place du contrôle social. Beaucoup de gens réalisent
que lintérêt général ne résulte pas
de la satisfaction des intérêts particuliers, quelle a une
certaine autonomie ; il faut donc savoir qui est le garant de cet intérêt
général. Pour le moment, cest au niveau local que les solutions
sélaborent, pour des raisons de nécessité. Les collectivités
sont en train dapporter des réponses, avec des moyens très
faibles, elles sortent de leur indépendance jalouse pour mettre
en place des structures de type intercommunal. Le développement
de ce processus risque dêtre assez long, mais il est intéressant
de constater son exsitence. LEtat lui-même se rend compte quil
y a des limitations à son désengagement et aux vertus du
marché, même dans le cas le plus libéral de lEtat
tchèque. Jévoquais tout à lheure la cas de la sécurité
considérée comme une marchandise comme les autres : on a
dû revenir sur cette position dogmatique lorsque des bavures un peu
trop criantes se sont produites.
Premièrement,
le changement devait-il être aussi rapide ? Deuxièmement,
pouvait-il être pleinement maîtrisé ?
Pierre Metge |
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