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débat sur démocratie et marché a été
longtemps structuré selon une opposition classique :
- pour la théorie libérale, il ny a pas de démocratie sans marché, sans autonomie de la sphère marchande (et de la société dite civile) face a lEtat. - pour la théorie marxiste, la démocratie dite bourgeoise est purement formelle, elle ne correspond à rien dans une économie de marché capitaliste. Cette
opposition a évolué dabord :
Depuis lors, dautres évolutions sont venues nourrir la réflexion, et notamment les transformations des pays socialistes. Au-delà du rêve «fin de lHistoire» à la Fukuyama, on ne peut quobserver lévolution différente de la Chine et de lURSS : dans le tableau à quatre cases avec marché/économie de commandement en colonnes, et démocratie/totalitarisme en lignes, la Chine va vers la case marché + totalitarisme, tandis que lURSS accède à des formes démocratiques (à défaut dêtre une démocratie), tout en conservant pour lessentiel une économie administrée (même si cette administration est désormais autogérée par les entreprises plus quelle nest organisée par le centre). Lexamen approfondi de ces évolutions conduit, aujourdhui, à sinterroger plus avant sur le sens des concepts de marché et de démocratie. Plus que jamais, lautonomie de la société civile face à lEtat, peut prendre des formes fort différentes (on peut laisser la liberté de senrichir sans pour autant donner le droit douvrir sa gueule...). Inversement, dautres formes de diversité des lieux de pouvoir peuvent déboucher sur une régulation démocratique de la société, dans le cadre dune économie où les régulations administrées demeurent très importantes. Le marché «pur» nexiste pas : tout système dit «de marché», mêle des formes déconomie administrée, fondée sur une coopération non marchande entre agents (coopération plus ou moins contraignante et plus ou moins soumise à des procédures) et des relations marchandes. La relation marchande «pure» nexiste pas, et comprend toujours une dimension sociale et historique (connaissance mutuelle des agents, respect implicite de normes,...). Il ny a donc pas une économie de marché, mais des économies de marchés (comme le dit J.Sapir), imbriquant des formes très différentes de fonctionnement. Les modes spécifiques de fonctionnement du marché, sont donc profondément imbriqués avec les formes socio-historiques propres à chaque pays. Létablissement dun droit «capitaliste» na fait que sanctionner, régulariser des pratiques sociales. Il ne suffit pas de mettre en oeuvre les cadres juridiques du marché aujourdhui, à lEst, pour que celui-ci fonctionne... En ce qui concerne la démocratie, la complexité est identique : lexercice des libertés fondamentales et lacceptation de lalternance par les détenteurs du pouvoir apparaissent comme les critères juridiques qui permettent de définir une démocratie. Mais la relative liberté de la presse et lorganisation délections en Russie suffisent-elles a dire que ce pays est devenu une démocratie ? Non, certaines «formes» démocratiques sy sont établies, mais la démocratie ny est pas ancrée dans les têtes, dans les comportements sociaux, dans les mécanismes de régulation du pouvoir. Le «droit» démocratique, là aussi, ne fait que sanctionner une évolution de comportements sociaux, létablissement dune société où les centres du, pouvoir sont multiples et où leur coexistence est possible. Le
chemin parcouru dans nos pays où la démocratie résulte
de lheureuse issue de laffrontement entre la bourgeoisie montante et
les vieux pouvoir régaliens, puis de lentrée sur la scène
sociale du salariat, a donné naissance à la théorie
classique qui lie économie de marché et démocratie.
Elle ne peut se reproduire a lidentique dans les pays qui sortent dune
économie administrée : la diversification des centres de
pouvoir ne peut prendre quune forme différente. Celle-ci sera probablement
proche de celle observée dans nos pays, ou la relation société/Etat
ne se traduit pas par la régulation dune opposition de classe centrale
(droite/gauche, capitalistes/salariés), mais par une gestion négociée
des intérêts de multiples groupes de pression. Reste à
voir si cela permet de répondre aux enjeux auxquels sont confrontés
nos sociétés à lest, à louest, ou au sud.
Sans doute pas. Mais que faire ?
Philippe
Frémeaux
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