Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs
21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS
Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55
Courriel : aitec@globenet.org
Accueil
Nouveautés
Calendrier international
Agenda France

Points de vue et contributions

Chantiers en cours
    * La question mondiale
    * Service public
    * Questions urbaines
    * Solidarité internationale

SERVICE PUBLIC
 
Cahiers de la rue Voltaire "Marché et démocratie"


Quelques réflexions concernant le débat "marché et démocratie"
 

On ninsiste peut-être pas suffisamment, dans les textes préparatoires au débat, sur le fait que lemploi du terme «marché» est devenu une métaphore commode pour désigner la rencontre entre loffre et la demande de produits, de services, de monnaie, de force de travail... Il existe probablement très peu de lieux ou dinstances publiques, à travers le monde actuellement, où sétablissent des prix à partir de la réunion spontanée, libre et égalitaire entre des acheteurs individualisés et des vendeurs individualisés. On nest jamais, en tout cas, en présence dune situation où une offre atomisée fait face à une demande atomisée. Ceci est pourtant lhypothèse de base de lexistence de marché pour nombre de théories économiques, et justifie lidée que le «marché» serait la condition de fonctionnement dune société démocratique.

Si lon considère que ce quon appelle marché ne peut prétendre à être la garantie de la démocratie, on ne peut pas non plus se le représenter comme une jungle. Le marché est aujourdhui «convention» (définition n° 1 du Petit Robert), ce qui implique que les échanges se nouent selon des formes multiples, au travers dorganisations qui entretiennent des jeux de relations complexes et déterminent un processus qui aboutit à la formation de prix. Ces organisations ne sont pas uniquement des institutions, et elles sont loin dêtre uniquement le fait de la volonté de lEtat.

LEtat-Nation, lui-même, voit dailleurs ses fonctions traditionnelles de régulation se rétrécir au profit dinstances de plus en plus démultipliées à différents niveaux, ce qui ôte beaucoup dintérêt et de pertinence au classique débat Etat/marché.

Ce qui oblige à engager cette discussion sur «marché et démocratie» et ce qui en constitue lenjeu politique majeur, cest le fait que les libéraux ont réussi à faire admettre lidée que le «marché», tout au moins lorsquil fonctionne sans entraves (cest-à-dire en labsence de réglementations), constituerait le fondement économique de la démocratie politique (sur le «marché des idées», le produit sest particulièrement bien vendu en Europe de lEst). Les plus ultras parmi eux vont encore plus loin en tentant de réconcilier analyse économique et analyse politique, avec la théorie du «public choice» : les décisions politiques seraient en fin de compte le résultat dun processus de fonctionnement de type «marché», où les citoyens exerceraient leurs préférences individuelles en fonction dune supposée recherche de maximisation dutilité et de leurs propres critères de rationalité.

Notre débat devrait éviter deux écueils:
- se tromper de cible en se focalisant sur une notion abstraite, imaginaire et, somme toute, idéologique, du mythique «marché» des libéraux;
- ne percevoir la régulation quau travers du rôle de lEtat, alors que les formes dorganisation sont multiples depuis la hiérarchie de lentreprise jusquaux «rounds» commerciaux (type GATT), en passant par les réseaux, les ententes, les accords et contrats en tous genres, qui, eux, peuvent aussi faire lobjet de contrôle démocratique.
On attend beaucoup, en particulier, de ce que peuvent apporter les réflexions de lécole de léconomie des conventions» et du mouvement anti-utilitariste sur léconomie du don.
 

Michel CAPRON


 

Retour

Accueil

début de page