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Cahiers de la rue Voltaire "Marché et démocratie"


L'idée de marché dans la pensée économique
 

Cette contribution propose à la discussion quelques éléments de réflexion sur líidée de marché. Non sur le marché en tant que concept, mais sur líidée ou les idées que les théories économiques ont contribué à forger, et qui inspirent ou légitiment les politiques économiques.

Commençons par décomposer líidée de marché que nous avons. Si on vous demande de définir le marché, vous pensez, comme moi, à líéchange, à des biens et des services, à des prix, à la monnaie, à un lieu localisable ou non dans líespace, à des réglementations, etc. Voici donc un premier inventaire. On précisera díemblée que les marchandises níallant pas toutes seules au marché, il y a également des individus, des groupes sociaux, et aussi líEtat comme expression des intérêts díune communauté humaine: il édicte des règles, il émet la monnaie; son existence délimite un espace au marché.

La première remarque que líon peut faire cíest que líEtat est dans le marché, comme composante du marché.
Si líon poursuit cette mise à plat et que líon se demande quelle idée est associée communément au marché, on trouve líidée de concurrence, díefficacité, auxquelles est généralement couplée la dimension nationale et internationale du marché.
Nous sommes censés vivre, nous, dans une économie de marché. Et les pays de líEst, comme ceux du Sud sont aujourdíhui dits en transition vers líéconomie de marché, après líabandon des planifications centralisées. Et cette transition serait associée à líapprentissage de la démocratie de type occidental.
Ici et ailleurs, avec les millions de chômeurs, on nous promet les lendemains qui chantent. Le choix du marché impliquerait donc des sacrifices transitoires. Le développement du marché a besoin díun support idéologique. On nous invite à croire au marché, faute de mieux diront certains. Et on évoque líincontournable «loi du marché». Quelle loi?

Chacune des propositions que je viens díémettre nécessiterait une analyse approfondie. 

Ce que je vais essayer de faire, dans cet exposé introductif, cíest díabord de repérer dans la pensée économique comment síest forgée líidée que nous avons du marché. A ce titre, on peut relever quelques déplacements majeurs dans líhistoire de la pensée économique, et notamment le glissement qui síest opéré entre le marché conçu dans une perspective díaccumulation du capital, et le marché conçu dans une optique díéquilibre, le glissement entre une perspective macro-économique où líEtat avait naturellement sa place et une optique micro-économique où líEtat nía plus de place, où la relation entre Etat et marché est par définition antagonique et ne peut être traitée que par des contorsions analytiques. Chemin faisant, il est intéressant de pointer le sort réservé à la dimension internationale du marché, et à la monnaie.

Dans un deuxième temps, je vous propose díexaminer la projection de líidée du marché dans la pensée économique du développement ou de la transition comme disent les économistes néo-classiques maintenant, assimilant líEst et le Sud. Sur ce thème qui míest plus familier, il existe une réflexion importante: celle-ci est ballottée entre, díune part, la projection, dans des contextes particuliers, des concepts conçus pour des économies salarisées et industrialisées, en particulier celui du marché, et díautre part la relativisation de ces concepts et, plus généralement, celle des outils de líanalyse économique.
 

LíIDEE DU MARCHE DANS L'ECONOMIE POLITIQUE CLASSIQUE

Les spécialistes de líhistoire de la pensée économique vous diront que, bien avant Adam Smith et David Ricardo, des questions fondamentales de líéconomie politique avaient été soulevées et analysées. Sur la place du marché et de líéchange, les classiques ont toutefois fait franchir une étape décisive à la pensée économique, quitte à avoir repris à leur compte des éléments de réflexion de leurs prédécesseurs.

Líéconomie politique classique propose un schéma général de líaccumulation du capital et de ses enjeux dans lequel síinsère le marché.
Quel est ce schéma? De façon simplifiée, on peut dire que líaccumulation (on dirait aujourdíhui la croissance mais, on verra justement pourquoi les deux termes ne sont pas synonymes), se déroule au cours de périodes chaînées entre elles. Le revenu atteint à la période 1 détermine le niveau de départ de la production de la période 2. La part du revenu qui revient aux capitalistes industriels est déterminante, car díelle dépend líavance de capital (fonds de salaire inclus) de la période 2. Et cíest le développement de la production industrielle qui est susceptible díaccroître le plus rapidement «la richesse des nations» car, dans ce secteur, le progrès technique permet la division du travail et la multiplication rapide des biens. Les butoirs de cette accumulation proviennent de la rareté des ressources du sol et du sous-sol dont dépend líoffre díaliments et de matières premières. Si líéconomie doit síouvrir, cíest díabord pour faire reculer ces butoirs: pour líAngleterre en pleine révolution industrielle, il est impératif díaller chercher ses aliments et ses matières premières là où elles sont les moins chères et de cesser de protéger le blé national.

Quel est le statut du marché dans ce schéma ?

Le marché est le lieu de líéchange où se forment les valeurs díéchange des marchandises. La condition pour que le marché joue ce rôle, cíest une massification des marchandises, cíest la généralisation de líéchange.
Ce qui a surtout retenu líattention, à ce titre, cíest non seulement la relation valeur-prix des biens, mais surtout líidée que, sur le marché, va se lire une mesure de la valeur des biens. Le problème de la mesure níobsède pas encore les économistes du temps des classiques. Cela viendra par la suite, avec líéconomie walrassienne, et avec líéconomie politique de la planification. Les classiques, eux, formulent des lois de formation de prix, liant ces derniers à la répartition du revenu, pour ce qui est des «prix naturels» autour desquels vont graviter des prix de marché, qui, eux, dépendent de líoffre et la demande.
- Le marché est le lieu de valorisation du capital. Cette idée a largement été reprise et étayée par Marx. Il est le maillon qui lie les périodes entre elles. Il représente le moment où se forme, avec les prix, le profit et celui où les marchandises se transforment en revenu monétaire.
Peut-on alors considérer que, dans ces conditions, la monnaie níest quíun voile? Dans níimporte quel manuel sur la monnaie, vous pourrez lire que les économistes classiques traitent la monnaie comme un voile: le système des prix relatifs des marchandises est défini à partir de la théorie de la valeur-travail et la monnaie níintervient que pour fixer le niveau général des prix. Par la suite, la théorie néo-classique affirmera la même chose tout en proposant une autre théorie de la valeur. Nía-t-on pas tendance à lire les classiques en termes néo-classiques, comme si leurobjet était de définir un système de prix díéquilibre? Marx, en introduisant líéquivalent général dans la théorie de líéchange, et en soulignant que líéchange est monétaire par définition dans líéconomie capitaliste, a plutôt consolidé líapproche des classiques.
- Fondamentalement, líespace du marché est national, il est défini par líespace de líaccumulation. Líexportation níest pas un objectif en soi, elle permet de payer les importations qui soulageront la contrainte naturelle qui pèse sur les biens non reproductibles (ressources du sol et du sous-sol).
Sur ce point, il importe de dire un mot de la théorie des coûts comparatifs; dans líanalyse de Ricardo, cette démonstration, fort astucieuse, est redondante si son objet est de démontrer la nécessité de líouverture pour líéconomie anglaise; la théorie de la rente foncière suffit. Ce quíajoute la théorie des coûts comparatifs, cíest líargument que la spécialisation est avantageuse non seulement pour líAngleterre mais également pour le Portugal, bien que ce dernier ait des coûts absolus pour le vin et de drap inférieurs aux coûts anglais. Díune certaine façon, Ricardo répond à ses prédécesseurs qui raisonnaient en termes de coûts absolus. Líidée de monnayer, dans líéchange international, un avantage relatif ou líavantage díune dotation initiale en ressources, servira par la suite de fondement à la notion de compétitivité.
Si líon récapitule líidée du marché chez les classiques en fonction de notre inventaire initial, le marché est bien le lieu de líéchange des marchandises (parmi celles-ci, Marx ajoute la force de travail), où se forment les prix en fonction des coûts de production; de leur niveau dépend le taux de profit des capitalistes et le rythme de líaccumulation. Líidée du marché comme lieu de la concurrence existe, mais celle-ci est avant tout la condition de líégalisation des taux de profit et donc de leur répartition entre les branches. Cela signifie-t-il que nous serions en présence díun «marché des capitaux», au sens où líon entend cette expression aujourdíhui? Non, puisque toutes les marchandises deviennent du capital dès lors quíelles sont sur le marché.
Sur ce marché, líEtat a des tâches bien précises à accomplir: díabord celle díadapter la réglementation de telle sorte que la répartition des revenus se fasse en faveur du profit, ensuite celle de faire un espace monétaire homogène et viable (passage par la monnaie oblige). Sur ce point, le pouvoir régalien de battre monnaie níest plus perçu comme une question de finances publiques, il est envisagé en fonction de la mise en place díun système monétaire et bancaire «moderne», adapté à une économie, monétarisée.

La théorie néo-classique

Avec la théorie néo-classique, la vision du marché est profondément transformée. Ce níest pas tant la substitution díune théorie de la valeur à une autre qui est en elle-même le changement majeur. Cíest la démarche qui devient toute autre. Le marché devient métaphorique, fait de rencontres perpétuellement recommencées, entre une offre et une demande ; le marché apparaît comme un lieu où se renégocieraient à chaque fois des contraintes, des avantages, et des préférences. Finalement, on ne sait pas si líoffre et la demande ont beaucoup díenfants, car líhistoire síarrête quand líéquilibre est atteint, quand il níy a plus díexcès díoffre ou de demande, quand toutes les offres et les demandes sont casées. On nous présente un conte, y compris sous forme mathématique, qui part díune multitude díindividus sans princesse endormie et sans vilaine sorcière, autant de courbes díoffre et de demandes qui finissent par níen faire quíune par type de biens et de services, jusquíà ce que soit atteint líéquilibre général, ie un système de prix díéquilibre.
 

L Ďindividualisme
Il níy a plus de capitalistes, de travailleurs et de propriétaires fonciers. Il y a des individus, pris un à un, qui expriment sur un marché leurs contraintes et leurs préférences et qui cherchent à maximiser leurs avantages. Le marché émet des signaux que sont les prix, lesquels, au terme díun processus de tâtonnement, vont rendre compatibles les offres et les demandes.
Les économistes vont faire ainsi du marché le lieu de socialisation de líindividu: ce qui relie cet individu au reste de la société, cíest le marché. Il y exprime ses préférences par la demande (les «habitudes», les «goûts» des consommateurs); il síexprime seul comme il le fait avec son bulletin de vote dans líisoloir. Il vient sur le marché avec sa contrainte budgétaire - son revenu représente ainsi non seulement sa capacité à acheter des biens et des services, mais la première façon díêtre reconnu socialement .
Líéquilibre

Dans la théorie néo-classique traditionnelle, líexistence de líéquilibre est postulée et non démontrée. Ce qui est démontré, cíest la stabilité de líéquilibre dans le cadre des hypothèses retenues .
Si le marché est parfait, cet équilibre est le meilleur possible; díéquilibre en équilibre, on se place sur le sentier de croissance le plus élevé.
Cíest à ce stade que líidée de la concurrence prend tout son sens. Un marché parfait est un marché de concurrence, cíest-à-dire díatomisation telle que chaque individu puisse exprimer totalement ses contraintes et ses préférences. Toute coalition, toute entente, provoquent un équilibre sub-optimal. La tâche de líEtat est, dans cette optique, de les empêcher et de corriger les autres imperfections du marché.
On remarquera que la définition de la concurrence est particulièrement abstraite; elle est díabord atomisation, la différenciation níest prise en compte que dans les dotations initiales respectives. Le marché sanction - que le meilleur gagne - níest quíun épisode accidentel, en attendant que la mobilité nivelle les rendements jusquíà un point supposé díéquilibre naturel .
Líespace de ce marché-là est indéfini. Si les individus sont inégalement dotés au début de líhistoire, tout comme les pays, en ressources, en capacités, en préférences, plus large sera la confrontation des offres et des demandes, plus líensemble-monde y gagnera et donc tout un chacun, comme les sous-ensembles formés par les pays particuliers. Dès que líon procède à un découpage spatial ou sectoriel, on peut introduire líidée de compétitivité díun sous-ensemble par rapport à un autre.

Que devient líEtat dans ces conditions? Le seul statut qui soit possible pour lui, cíest díêtre un individu de plus et de se comporter comme tout un chacun. Il ne peut exister sans perturber la belle harmonie que líon vient díesquisser. Emettre de la monnaie, oui, cela fait partie de ses attributs comme la justice et la police. La monnaie facilite les transactions, et cette fonction est perçue comme, la plus importante. Mais que líEtat prenne garde de ne pas perturber líéquilibre en en émettant trop ou pas assez (il ne perturbe díailleurs que le niveau général des prix, donc le taux de change, ce qui modifie les avantages - la compétitivité - par rapport aux autres espaces monétaires).
 

Les inflexions
Si les théories anciennes des structures de marché asymétriques (monopole, oligopole, monopsone) níétaient conçues que comme des déviations par rapport au schéma précédent et ne représentaient pas une alternative théorique, líidée de líimperfection des marchés a pris racine depuis Keynes dans la théorie dominante.
La politique économique du laissez-faire, inspirée de la théorie néo-classique, ne permet pas la résorption du chômage et la reprise de líinvestissement après la crise de 1929. Keynes avance líidée que líéquilibre ne garantit pas le plein emploi car deux prix ne jouent pas le rôle qui leur est attribué par la théorie précédente: le salaire et le taux díintérêt. LíEtat a pour charge de réaliser le plein-emploi et donc díassurer un taux de croissance suffisant. Keynes revient en quelque sorte à líéconomie politique.

Depuis une vingtaine díannées, on relève dans la théorie néo-classique , des contributions qui remettent en cause líidée díun équilibre général correspondant à líoptimum dans les hypothèses définies précédemment. La nouvelle micro-économie introduit des hypothèses pour líétude des marchés et des comportements díagents. Tel est le cas par exemple des théories bâties à partir díune hypothèse díinformation imparfaite. La nouvelle économie des contrats et des conventions, avance líidée selon laquelle les agents agissent dans un monde qui est trop complexe pour être tout à fait transparent. Elle introduit líidée du risque qui implique, pour les agents, le déploiement de stratégies complexes. La gestion du père de famille, avec sa contrainte budgétaire, est devenue ringarde. La nouvelle image du marché est celle du risque, elle est cynique et elle síaffiche; cíest celle des golden boys, spécialistes des spéculations financières, entourés díordinateurs. Il y a maintenant des gagnants et des perdants. On a líimpression que la main invisible, qui finissait un jour par réaliser líéquilibre bienfaiteur de la fable, a disparu dans les tours de verre et díacier. La loi du marché, celle quíon dit être de la concurrence, est, elle, le pain quotidien de tout un chacun, comme une résignation, en attendant les lendemains qui chantent.
 

LíIDEE DE MARCHE DANS LA PENSEE ECONOMIQUE DU DEVELOPPEMENT

Líéconomie du développement apporte sur líidée de marché, des éléments particulièrement intéressants. Les thèses de la dépendance ont exploré les phénomènes de domination par le marché. Et du côté des analyses néo-classiques, le dogme du libre-échange apparaît dans ce champ sous un éclairage particulier.

Spécialisation inégale et libre-échange

Líentrée sur le marché níoffre pas des avantages partagés par tous - les premiers entrés sont les gagnants. Donc, les premiers entrés ont intérêt à intégrer au marché les seconds, puis les troisièmes, etc.. car leurs avantages síaccroissent à chaque fois. Telle est la logique des analyses de la spécialisation inégale, à líéchelle mondiale. Líavantage est fondé sur líantériorité (de líindustrialisation, de la démocratie qui permet díobtenir des hausses de salaires, etc.).
En revanche, les thèses libérales ne se départissent pas de líaffirmation selon laquelle les avantages sont partagés dans líéchange international et, quelles que soient les nuances apportées dans líanalyse du protectionnisme, elles níont pas renoncé au dogme du libre-échange.
Pourquoi líouverture des économies représente-t-elle dans ces analyses un préalable si crucial? Jusquíà la fin des années 1970, líouverture des économies était conçue à travers un enjeu industriel, dans la logique des coûts comparatifs. La multiplication des crises financières, au tournant de la décennie 1980, líidée que tous les pays níaccéderont pas à un processus díindustrialisation durable (cf. le rapport Berg - Banque mondiale, de 1981, sur líAfrique sub-saharienne) déplacent en amont les questions de la transition: ce qui fait défaut dans ces économies, ce níest pas tant líindustrie que le marché. Líabsence de marché signifie líabsence de norme, de signaux en fonction desquels allouer les ressources. Quand, par exemple, la Banque mondiale traite des économies en transition ou en développement, tout se passe comme síil y avait un ailleurs (le marché mondial, les pays industriels) où sont définis les prix díéquilibre. Líéconomie doit síajuster à cet ailleurs (y compris dans la politique économique), tout en créant le marché. Tels sont les fondements bien connus des politiques díajustement structurel.
La dimension internationale fournit donc une norme de référence ; líidée níest pas nouvelle (les «prix de référence» dans líévaluation-projet par exemple). Ce qui est nouveau, cíest quíen abandonnant líenjeu de líindustrialisation dans le développement, on évacue la discussion sur les modalités concrètes de líindustrialisation comme support du développement. On évacue líidée même díaccumulation, y compris celle de considérer quíelle ne passe pas forcément par líindustrialisation, telle que la concevaient jusquíici les modèles de développement. Aucune discussion níest possible concernant cette norme abstraite qui est placée au centre de líargumentation. Son existence étant purement et simplement postulée, cíest un peu comme si on nous demandait de croire au «marché» comme on croit en Dieu. Et on níaurait rien à y perdre puisquíil níy a plus díalternative, etc. On est en face díun dogme justifié par la faillite des économies socialistes.

Le marché de líextraversion et les autres. Retour aux marchés concrets

Les approches de la dépendance extérieure, introduisent une dimension socio-historique. Elles soulignent que le marché existe, et quíil est le produit díune domination extérieure. Et quíil continue à líêtre. On peut difficilement contester cette évidence.
Cependant, le seul marché qui soit au centre de líanalyse de la dépendance, est celui de líextraversion. Le surplus potentiel pour le développement se trouve dans le secteur díexportation, seul susceptible de procurer des devises, cíest-à-dire une monnaie ayant un pouvoir libératoire plus grand que la monnaie nationale non convertible. Quel statut donner alors aux petits marchés ruraux, à líinformel, etc. Devra-t-on donc parler de «dualisme»? Cette approche, quelles que soient ses insuffisances, a eu, dans le passé, le mérite de contester les hypothèses díhomogénéité des analyses dominantes. Elle a également sorti des oubliettes líapproche de líaccumulation des économistes classiques (cf. la thèse de Lewis, 1954, sur le surplus de main-díoeuvre). Elle a surtout incité les économistes à síinterroger sur les caractéristiques des marchés concrets.
Une intéressante réflexion síest développée à partir du contexte des pays en développement sur líinformel; le rapport entre la loi et le marché, la question des activités illégales ou non déclarées, le rôle des coutumes, sont des aspects essentiels et spécifiques.
Si líapproche socio-anthropologique des marchés, dans les pays en développement, est aujourdíhui davantage retenue et a eu tendance à se substituer à líapproche historique, líarchéologie des marchés concrets, y compris ceux de líextraversion, reste un vaste chantier de recherches potentielles. Dans un travail de recherche précédent, jíai, pour ma part, essayé de mettre en évidence sur les marchés de la zone franc, des processus de monétarisation particuliers et jíai proposé la dénomination de «marchés captifs» pour les désigner. On pourra revenir sur ce point au cours du débat.

Pour conclure, on peut dire que líidée du marché que nous avons, et principalement celle de la compétitivité et du libre-échange qui lui est associée, est héritée de la théorie néo-classique. Mais les fondements théoriques que nous propose la pensée économique pour étayer líidée de líaccès à un optimum ou à une croissance accrue par la voie díune régulation par le marché, ou encore la fameuse loi de líoffre et de la demande (laquelle? celle des marchés «parfaits» et de líéquilibre?), sont relativement fragiles et aujourdíhui discutés à líintérieur même du courant néo-classique. Cela peut síinterpréter de plusieurs manières, et je laisse à chacun le soin de le faire dans le débat.
 

Elsa Assidon


 

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