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SOLIDARITE INTERNATIONALE
 
Les accords de Lomé


Quelles propositions des associations européennes de solidarité internationale pour de nouveaux rapports entre l'Europe et les pays ACP ?
 

Voici quelques propositions, non exhaustives, pour le débat public qui devrait être ouvert pour les négociations entre lUnion Européenne et les pays ACP. Dans la mesure où, dans cette négociation, nous parlons depuis lEurope, ces propositions concernent la position européenne appréciée à partir du point de vue des associations européennes de solidarité internationale.

Limplosion du modèle de développement breveté « FMI - Banque Mondiale » ouvre de nouvelles perspectives ; il impose aussi de nouvelles responsabilités. Nous devrions être capables douvrir le débat sur la conception européenne dun modèle de développement. Ce débat gagnerait à lapprofondissement dans deux directions : revisiter lhistoire de nos sociétés européennes à la lumière de lavenir du projet européen ; ne pas séparer lapproche du développement en Europe, et particulièrement lEurope sociale, des propositions sur la coopération au développement des pays de la zone ACP. Les associations européennes de solidarité internationale devraient associer au débat sur la coopération européenne le mouvement associatif de solidarité pour mener en commun le débat sur un modèle social européen de développement.

Le débat sur la conception du développement et sur les politiques de développement reste essentiel. La discussion autour du développement durable offre une opportunité quil faut saisir. Elle rejoint la discussion sur les rapports entre politiques de développement et démocratisation qui ne répondent à aucune fatalité, dans un sens ou dans lautre. Les associations de solidarité internationales devraient affirmer le choix volontariste et délibéré de lier démocratie et développement et en tirer les conséquences. Elles concernent le développement national, à travers les institutions fondées sur létat de droit et la démocratie. Elles concernent le développement local et le renforcement des collectivités locales. Elles concernent le développement régional et lémergence densembles géopolitiques qui permettent de préserver une autonomie à léchelle de la mondialisation. Les associations de solidarité internationale, en Europe et dans les ACP, devraient construire, autour du débat sur la conception du développement, un espace associatif ouvert aux associations de solidarité internationale, de solidarité, de défense des droits de lhomme, écologistes, de limmigration, syndicales de travailleurs salariés et de paysans.

Laccent mis sur la bonne gouvernance na pas grand sens si les compétences correspondantes nexistent pas et ne sont pas valorisées. Une orientation particulière et spécifique de la coopération européenne devrait concerner le soutien au renforcement des capacités de conception, dexpertise et de réalisation, dans chaque pays au niveau local et national. Cet objectif peut être poursuivi par plusieurs voies : un programme spécifique dappui aux capacités locales ; lencouragement du partenariat engagé par les opérateurs associatifs, publics et privés ; lélaboration de critères dévaluation correspondant à ces objectifs pour tous les programmes de la coopération européenne. Les associations européennes de solidarité internationale, à travers le partenariat, devraient donner la priorité dans leurs actions au renforcement des capacités, locales et nationales, de conception, dexpertise et de réalisation.

Les flux migratoires font structurellement partie des échanges entre les sociétés. Les négociations entre lUnion Européenne et les pays ACP devraient aussi porter sur les politiques dimmigration et démigration en tant que volet majeur des politiques de coopération. On voit mal comment on pourrait discuter des libertés et des droits de lhomme en évitant soigneusement toute discussion sur la liberté de circulation. De plus, cette discussion permettrait déviter que les projets liant codéveloppement et immigration ne dérivent vers un appui au retour forcé. De nombreuses propositions ont été faites dans ces domaines par les ligues des droits de lhomme européennes et les associations de solidarité internationale ; elles pourraient enrichir la discussion. Les associations européennes de solidarité internationale, en partenariat avec les associations de migrants et leurs partenaires du Sud, devraient sengager dans la lutte pour légalité des droits en Europe et engager le débat les formes de la liberté de circulation indissociables du partenariat et du « codéveloppement » (suppression des visas de court séjour, droit détablissement pour les ressortissants de la zone ACP ; droit de retour en cas déchec du projet, etc.)

La place de lUnion Européenne dans les institutions de Bretton Woods devra en tout état de cause être redéfinie. Il serait peut-être temps de proposer « une chaise européenne » dans les conseils dadministration du FMI et du groupe Banque Mondiale. Aujourdhui, les pays européens de lUnion sont éclatés en quatre ou cinq chaises ce qui ne facilite pas les positions concertées et conduit à accentuer les divergences. Une chaise unique ne serait pas plus difficile à imaginer quune monnaie unique, elle est cohérente dans le cas du FMI avec lexistence de la zone Euro. LUnion Européenne pèserait alors autant que les Etats-Unis et les services de ces institutions ne sy tromperaient pas. Il faudrait, bien sûr tirer le bilan de la délégation européenne lors des négociations de lOMC, et il reste certainement bien des critiques à faire. Le pari vaut dêtre tenu, il est cohérent avec loption dune orientation européenne en matière de développement et de coopération. En tout état de cause, et dès maintenant, le Parlement européen devrait demander un débat, suivi dun vote, sur les positions défendues par les représentants européens dans les institutions multilatérales et dans les négociations internationales. Ce débat parlementaire serait un moment essentiel du débat public qui serait engagé sur la politique multilatérale de lEurope. Les associations européennes de solidarité internationale devraient participer au contrôle démocratique des représentants de lUnion Européenne dans les institutions internationales, particulièrement les institutions de Bretton Woods.

La concertation des coopérations bilatérales européenne et de la coopération de lUnion Européenne nest pas très avancée. Une coordination entre les délégations de chaque pays européen et la délégation européenne dans chacun des pays de la Zone ACP serait une première étape. Il ne sagirait pas dunifier les appareils de coopération ; les opérateurs de coopération conserveraient leur pleine autonomie pour les opérateurs publics et leur indépendance pour les opérateurs privés et associatifs. Cette coordination se doublerait dun effort délaboration commun, par pays et par secteurs, entre les coopérations bilatérales et les services de la commission. Les associations européennes de solidarité internationale et leurs partenaires seraient en mesure, en sorganisant en conférence citoyenne par pays, de se faire entendre dans une concertation entre les coopérations bilatérales européenne et la coopération européenne.

Les négociations entre lUnion Européenne et la zone ACP sont des négociations entre Etats, et il ne saurait en être autrement. Il sensuit une première difficulté, celle du rabattement de la coopération entre sociétés à la logique administrative des Etats et de la commission. Pour y pallier, on peut renforcer lassociation à la négociation des autres acteurs de la coopération, au Nord comme au Sud ; limpact ne sera significatif que si ces acteurs sengagent eux-mêmes dans une réelle démarche de partenariat. Les associations européennes de solidarité internationale devraient, en liaison  avec leurs partenaires, engager un processus de suivi autonome et de participation aux négociations.

La deuxième difficulté, dont on mesure sans peine la gravité, est celle dune accentuation du tête à tête avec des régimes qui nont pas tous les mêmes légitimités. Une direction à explorer consisterait à mettre en place un espace de discussion citoyenne analogue à la « Helsinki Citizen Assembly ». Les associations des droits de lhomme et les associations de solidarité internationale de lUnion Européenne et de la zone ACP devraient prendre delle-même une telle initiative et créer une assemblée citoyenne commune.

Les négociations qui sengagent vont être longues et incertaines, dautant que lidée dattendre, pour les conclure, les résultats du prochain tour de lOMC semble progresser. Il sagit donc dun processus pendant lequel les cheminements et les progressions sont possibles, surtout si lon tient compte des bouleversements du contexte économique et géopolitique mondial. Il nous revient, en tant que mouvement associatif de nous y engager. 
 

Gustave Massiah
Octobre 1998


 

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