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Les accords de Lomé


Déclaration finale du séminaire AITEC - GRESEA

Les relations Europe - Tiers monde à la lumière de la dernière convention Lomé IV et dans la perspective de l'Europe de 1992
 

Nous vivons un temps de grands bouleversements, un moment de grandes ruptures. Les pays du Sud sont confrontés à la mondialisation, à un ajustement imposé par le haut de leur économie au marché mondial, leurs peuples sont confrontés à la croissance de la pauvreté, à l’approfondissement des inégalités. Le Sud est globalement marginalisé dans l’économie et la géopolitique mondiale. L’Europe est-elle confronté à cette nouvelle modernité ? Elle connaît aussi l’approfondissement des inégalités, elle doit redéfinir son identité et son unité. La définition même de l’Europe est remise en question. C’est dans ce contexte qu’il faut situer les accords de Lomé.
 

Les accords de Lomé ont été signés. Comment les utiliser au mieux ? Certains des mécanismes sont d'un grand intérêt, même si on peut déplorer qu'ils n'aient pas été améliorés. Ils ouvrent des possibilités et sont d'autant plus intéressants que le libéralisme dominant a fait régresser la prise de conscience d'une nécessaire organisation des rapports économiques internationaux. 

On ne peut qu'être inquiet quand on constate que ce sont les mécanismes les plus intéressants mais qui ne s'étaient pas révélés suffisants qui ont été affaiblis. Quand le seul élément nouveau et de poids est le ralliement à l'ajustement, véritable dérive et alignement de l'Europe sur les conceptions de la Banque Mondiale et du FMI. Pour autant, dans la mesure où des possibilités subsistent, ces possibilités doivent être infléchies et utilisées pour renforcer la démocratie sous tous ses aspects. Il faut pour cela multiplier les acteurs de coopération et privilégier ceux qui entendent établir des rapports de réels partenariats. C'est l'intérêt de la coopération décentralisée et des municipalités, des ONG dans la mesure où elles renforcent le rôle de la vie associative en Europe et dans les pays ACP, des syndicats et des unions paysannes dans la mesure où la défense des travailleurs est une des conditions d'un développement démocratique. 

Il faut aussi démocratiser les instruments de la Convention et permettre leur contrôle par les institutions démocratiques tant en Europe que dans les pays ACP. Ce contrôle ne doit pas être l'apanage des gouvernements ; si les opinions et les sociétés civiles organisées dans leurs associations ne sont pas impliquées, on restera toujours à la coopération entre Etats sans être capable de passer à la coopération entre les peuples qui restent notre objectif principal. 

L'utilisation au mieux des accords de Lomé ne nous dispense pas de nous interroger sur la signification de ces accords. Ceux-ci sont-ils à la hauteur des responsabilités et des possibilités de l'Europe ? Sont-ils à la mesure des défis posés par l'évolution du monde ? De ce point de vue, on ne peut être indifférent à l'opinion de ceux qui pensent que, faute d'avoir osé aller plus loin, les accords sont désuets, dépassés, inopérants au regard des enjeux. C'est pourquoi on peut penser que si la lettre des accords y est, l'esprit de la définition de nouveaux rapports Nord-Sud n'y est plus. Nombreux sont les parlementaires qui ont été réticents à ratifier ces accords, même s'ils ne sont pas allés aussi loin que le groupe des Verts qui a voté contre la ratification, estimant que les accords traduisaient un alignement de l'Europe sur les positions de la Banque Mondiale et du FMI en matière d'ajustement, l'imposition par le Nord d'un modèle de développement au Sud, l'absence de toutes propositions pour le règlement de la crise de la dette. Comment ne pas être choqué, par exemple, par le fait que le budget alloué après des négociations si ardues pour l'appui à l'ajustement structurel pour l'ensemble de l'Afrique équivaut à ce qui a été attribué en quelques mois à la Hongrie. 

Il faut donc appeler à un changement, à une autre façon de penser. Les accords de Lomé ne peuvent plus suffire à définir le cadre de ce qui doivent être les rapports entre l'Europe et le Tiers Monde. Ce sont ces rapports qu'il faut repenser et redéfinir. Ce sont ces rapports qui se redéfinissent dans les relations bilatérales et le soutien de l'Europe et des différents pays européens à des régimes anti-démocratiques, dans les institutions multilatérales (Banque Mondiale et FMI), dans les institutions des Nations Unies, dans les négociations du GATT. Car c'est la nature et l'existence même de l'Europe qui est en cause si elle n'est pas capable d'affirmer son autonomie dans la définition des nouveaux rapports internationaux et de contribuer à la construction de la démocratie internationale. 


 

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