Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs 21 ter rue Voltaire - 75 011 PARIS Tél. : (33) 01 43 71 22 22 - Fax : (33) 01 44 64 74 55 Courriel : aitec@globenet.org |
* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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LA QUESTION MONDIALE |
Séminaire
organisé par l'AITEC, le GRESEA et IRENE, 17 et 18 mai 1999
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| Objectifs
du séminaire
Introduction ANALYSE DE LA SITUATION ECONOMIQUE ET POLITIQUE DES PAYS AFRICAINS PRODUCTEURS DE PETROLE 1- Analyse générale du contexte africain a. La tyrannie de léconomie pétrolière2- Le poids des multinationales en Afrique, le rôle de l'OPEP et la notion d'Etat première questionANALYSE DES OUTILS JURIDIQUES POUR FONDER EN DROIT LES RESPONSABILITES DES MULTINATIONALES DU PETROLE 1- Les codes de conduite, exposé de Sam Zarifi a. Les codes de conduite sont inefficaces2- Les actions en justice et autres procédures a. Les procèsANALYSE DES MOYENS DE SENSIBILISATION, DE MOBILISATION ET D'ACTION CONTRE LES MULTINATIONALES* contre Shellb. Les instances européennes et internationales 1- Présentation sommaire de quelques campagnes a. Face à la mondialisation2- Difficultés qui entravent l'élaboration de campagnes au Nord et au Sud a. Au NordConclusion Le séminaire avait
comme triple objectif
De surcroît, le séminaire souhaitait servir de cadre de réflexion aux travaux du Tribunal Permanent des Peuples, tenu de se prononcer, à la fin de cette même semaine, sur les activités d'Elf en Afrique suite à une plainte déposée par le collectif Collectif « Elf ne doit pas faire la loi en Afrique » Après une brève présentation des différents participants, Gustave Massiah a rappelé laction du Tribunal Permanent des Peuples. Le Tribunal Permanent des Peuples est une institution internationale créée en 1979, par diverses personnalités, essentiellement européennes. Elle succédait au Tribunal Russel (fondé par Bertrand Russel) amené à se prononcer en son temps sur la situation au Vietnam et en Amérique latine. Le Tribunal Permanent des Peuples se réfère à la Déclaration Universelle du Droit des Peuples adoptée à Alger en 1976. Ce document se fonde sur deux propositions : 1- L'importance historique du droit des peuples à l'autodétermination politique. L'article 8 précise que « tout peuple à un droit exclusif sur ses richesses et ses ressources naturelles. Il a le droit de les récupérer sil en a été spolié ainsi que de recouvrer les indemnisations injustement payées ». 2- Le droit à l'autodétermination interne, c'est-à-dire le droit pour tous les peuples de vivre en régime démocratique. Le Tribunal examine de façon publique et contradictoire les arguments qui lui sont présentés et émet une sentence ou un avis (suivant qu'il travaille en session ou en commission). Il appartient ensuite aux associations citoyennes de se saisir de cette sentence pour faire reconnaître leurs exigences (droits). Le Tribunal estime en effet que « c'est en luttant pour leurs droits que les individus construisent leur pouvoir ». Cette position est aussi due à la nature même de l'institution. Privée d'un corps de police ou de Gendarmerie habilité à faire respecter ses décisions, elle se définit comme un tribunal « dopinion et non de pouvoir ». Dans un premier temps, le
Tribunal Permanent des Peuples s'est réuni à la demande des
mouvements de libération (Palestiniens, Kurdes, Arméniens...
) et a tenu une vingtaine de sessions.
ANALYSE DE LA SITUATION ECONOMIQUE ET POLITIQUE DES PAYS AFRICAINS PRODUCTEURS DE PETROLE 1- ANALYSE GENERALE DU CONTEXTE AFRICAIN Bruno Carton, chercheur au GRESEA, a présenté le dossier de travail réalisé au GRESEA, intitulé « Le pétrole en Afrique : la violence faite aux peuples », dont il a synthétisé les différentes parties. A- La tyrannie de léconomie pétrolièreSelon le classement des Nations unies, le Nigeria et l'Angola, les deux principaux producteurs africains de pétrole se trouvent actuellement au rang des nations les plus pauvres, plus précisément les plus appauvries par trois décennies d'exploitation pétrolière. Au Nigeria, le PNB/hab était de 1000 $, en 1970. Il n'était plus que de 320 $ en 1996. L'ensemble des Etats rentiers (quils exploitent du pétrole ou une autre ressource naturelle) présentent des caractéristiques communes. Vivant exclusivement de la rente et de sa redistribution, ils peuvent se permettre, par exemple : - de ne pas établir de relations avec les acteurs économiques et sociaux, - de ne pas développer une production propre dans d'autres secteurs. Ils jouissent donc d'une très grande autonomie par rapport à leur population, puisqu'ils sont capables de fonctionner et de renforcer leurs services sans recourir à l'impôt. L'essentiel du jeu économique et socio-politique consiste dès lors à sapproprier les fruits de la rente et à déterminer quel est le groupe qui en bénéficiera le plus largement au détriment du reste de la population. Face à cette situation, on assiste ces vingt dernières années à une radicalisation des demandes liées à la redistribution de la manne pétrolière. Les troubles se sont multipliés et sont de plus en plus violents (voir la situation au Nigéria, au Congo... ), opposant tantôt des communautés ethniques entre elles, tantôt face à lEtat, tantôt face aux multinationales. Comment les pays africains
affectent-ils la rente ? Plusieurs modèles ont coexisté.
Si l'emploi de la rente est
différent selon les pays, deux utilisations de cette manne sont
communes à tous les états analysés.
Dans leurs activités
en Afrique, les multinationales du pétrole illustrent clairement
un processus de socialisation des pertes et de privatisation et capitalisation
des profits.
B- Le prix du pétroleL'histoire du prix du pétrole est l'histoire d'un rapport Nord-Sud, ajusté par les Etats-Unis. Si dans les années 60, les membres de l'OPEP ont pu imposer une revalorisation du prix du baril, c'est que cette exigence rencontrait les intérêts stratégiques de Washington, à savoir limiter les importations américaines d'or noir et protéger les investissements déjà engagés en Alaska. Dans les années '80, les contre-chocs pétroliers correspondaient eux aussi à l'expression d'un revirement de la politique énergétique américaine : la sécurité des approvisionnements ne passant plus par une augmentation de la production nationale, mais par la signature d'accords bilatéraux avec certains pays (Venezuela ... ) et par un contrôle politique et militaire renforcé des principales réserves de production. Les prix ont chuté. La présence des Etats-Unis en Afrique allait s'accroître dans les années '90, avec l'arrivée des « majors » pétroliers américains dans le Golfe de Guinée. Les deux chocs pétroliers (73-74 et 79-82) ont quant à eux permis aux multinationales de rentabiliser un pétrole jusqu'alors fort cher, celui de la Mer du Nord ou de l'Alaska. Les firmes internationales ont ainsi progressivement acquis l'avantage technologique qui allait leur permettre de s'imposer en Afrique, au début des années '90. Les nations productrices, elles, perdaient l'avantage que leur avait concédé la récupération de la propriété foncière de leurs champs pétroliers (mouvements de décolonisation et de nationalisation). C- Restructuration du secteur pétrolier dans les années 1990En Afrique, on assiste à un retour en force des compagnies dans les activités de prospection et d'exploitation. Quelques chiffres reflètent leur « engouement » pour le continent noir, illustrant ce que le CODESRIA à Dakar appelle l'insertion rentière de l'Afrique dans la mondialisation. En 1997,. l'Afrique représentait 14% des exportations mondiales de pétrole brut. De 1987 à 1997, ces exportations ont augmenté de 43% alors que la moyenne mondiale se situait autour des 17%. Aux dires des pétroliers eux-mêmes, l'Afrique sera dans les dix, vingt prochaines années « le champ de bataille le plus chaud, dans la répartition des nouveaux marchés pétroliers ». D'autant plus que les coûts de production y sont très bas et que les sociétés pétrolières peuvent espérer les faire encore baisser, grâce à l'utilisation massive d'une technologie de pointe. Cette insertion rentière de l'Afrique dans la mondialisation ne se passe pas sans conflits portant sur la redistribution de la rente ou le modèle de (non) développement qu'elle impose. En effet, on assiste à une multiplication et à une radicalisation des troubles dans plusieurs pays (Nigeria, Congo...). Question ouverte : la concurrence féroce que se livrent les Français et les Américains dans la « course aux gisements » offre-t-elle une chance aux Etats africains de multiplier le nombre de leurs partenaires et de ne plus se retrouver seuls face une compagnie omnipuissante et omniprésente (Shell, Elf...) ? Actuellement, le rapport
de force entre pays producteurs africains et compagnies pétrolières
internationales reste toujours favorable à ces dernières
car :
Une des questions qui se pose maintenant est de savoir si l'évolution des formes juridiques des contrats (abandon du système des joint-ventures au profit de contrats de partage de production) va permettre aux pays producteurs africains de se libérer de la tyrannie pétrolière et d'investir dans de nouveaux champs d'activité (agriculture, produits manufacturés...). En ce qui concerne l'impact
des activités des multinationales du pétrole en Afrique sur
les résistances populaires, les constats sont aigus. On assiste
à :
D- Les stratégie de résistances au Sud et au NordAu Sud : les résistances populaires sont multiples. Citons par exemple les résistances paysannes qui luttent pour une reconnaissance de leurs droits sur les terres ou pour une indemnisation de leur outil de travail quand celui-ci est dévasté par l'activité pétrolière... Ces luttes ont engrangé quelques succès face aux « stratégie de division » (à l'intérieur et entre les communautés) développées par les multinationales. Dans le Delta du Niger au Nigeria, dans le bassin de Doba au Tchad, des coalitions de mouvements paysans, associations écologistes, groupes de citoyens mobilisés contre les politiques d'ajustement structurel imposées pour s'acquitter de la dette, s'unifient sur la revendication d'un « moratoire » quant à la poursuite des activités pétrolières. Ce moratoire devrait permettre aux peuples de redéfinir souverainement la place du pétrole dans le développement et les conditions imposées aux firmes privées pour son exploitation. Au Nord : l'appui
apporté par les organisations du Nord aux divers mouvements du Sud
sont de trois types
Ce premier cadrage des impacts de lexploitation pétrolière en Afrique, dressé par le GRESEA, fut enrichi par différents apports, dont celui de Ben Hammouda Hakim du CODESRIA à Dakar. Le Nigeria apparaît comme un cas à part, un cas extrême de conflictualité, de face à face direct entre mouvements sociaux et multinationales. Il est néanmoins intéressant de l'analyser car il préfigure peut-être l'abîme de violence et de misère dans lequel pourraient sombrer les autres pays africains. Les politiques d'ajustement
structurel ont essayé de développer de nouveaux secteurs
d'insertion économique dans les pays africains. Il y a eu entre
autre la constitution de zones franches dans des pays comme le Burundi,
le Sénégal... Aujourd'hui, elles sont vides de toute activité.
Face à cette situation, l'insertion de l'Afrique au sein de l'économie
mondiale ne peut-elle se faire que par l'exploitation de ses ressources
minières, pétrolières... ?
L'échec des politiques d'ajustement structurel nous oblige à réfléchir sur les nouvelles façons de concevoir le développement en Afrique. Il nous contraint à préciser le cadre dun nouveau partenariat avec les pays du Sud. R. Benhaïm du
CEDETIM ajoute à l'analyse que la situation au Nigeria lui semble
refléter un modèle frontal d'affrontement, sans médiation
de l'Etat, entre les peuples et les multinationales.
2- LE POIDS DES MUITINATIONALES EN AFRIQUE, LE RÔLE DE L'OPEP ET LA NOTION DETAT Face à la multiplicité des interventions et des questions posées par les participants, Bruno Carton et Gustave Massiah ont apporté quelques compléments d'information, transmis sous la forme dun dialogue orchestré par René De Schutter. A. Au point de départ, une première question: « Doit-on considérer l'Afrique pétrolière comme un tout indifférencié ou comme une mosaïque d'Etats établissant chacun des rapports particuliers avec « ses » multinationales ?Bruno Carton Durant la période de mise en exploitation du pétrole africain, différentes situations sont apparrues. Au Nigeria : la compagnie pétrolière nigériane a réussi à conserver 55% à 60% des parts dans tous les consortiums pétroliers avec les multinationales du pétrole. Le pays reste néanmoins marqué par la domination de Shell qui monopolise 50% de la production pétrolière. L'autre moitié est assurée par des compagnies américaines, européennes... (priorité à la diversité des partenaires). Au Congo, au Gabon et au Cameroun : la situation est très différente. Elf est omniprésent dans ces trois pays et contrôlait jusqu'au début des années '90, les 2/3 de leur production pétrolière. En Angola : le pays a tenté de s'opposer à l'ouverture de son domaine pétrolier, aux compagnies étrangères, mais les ravages de la guerre d'agression entretenue par l'Afrique du Sud du temps de l'apartheid et les Etats-Unis et la destruction progressive de son économie (destruction des plantations de café ... ) l'ont contraint à accepter sa mise sous tutelle. Gustave Massiah
Bruno Carton
B- Malgré ce constat négatif, peut-on envisager une « gestion social-démocrate de la rente » ?Gustave Massiah Des efforts ont été faits dans ce sens. Dans les années '60, plusieurs pays (Iran, Equateur, Algérie...) ont tenté de redistribuer la rente pour permettre leur propre industrialisation et la constitution en leur sein de bases sociales solides. Ces régimes ne se disaient pas sociaux-démocrates mais révolutionnaires. Ces tentatives ont échoué. Quand la redistribution a eu lieu, elle s'est concentrée sur des bases sociales trop étroites (élites urbaines et fonctionnaires). De surcroît, d'acteurs (par la récupération de la propriété foncière de leurs gisements), ces Etats sont devenus demandeurs (d'équipements et de capitaux étrangers) accroissant sans cesse leur dépendance vis-à-vis de l'étranger. Bruno Carton
C- Bruno Carton et Gustave Massiah ont parlé de l'Etat dans les pays africains rentiers du pétrole. Quelles réalités ce concept recouvre-t-il ?Bruno Carton se demande si l'Etat dans les pays d'Afrique pétrolière n'a pas pratiquement disparu, ; il y a dans le chef des multinationales la volonté de le privatiser et donc de le cadenasser. Les Etats africains avaient déjà perdu une grande partie de leurs prérogatives avec la mise en place des plans d'ajustement structurel, les compagnies pétrolières rognent ce qu'il reste de ce pouvoir (c'est Shell qui s'est chargé de fournir des armes à l'armée nigériane pour réprimer des manifestations organisées sur ses sites pétroliers). Les régimes en place sur lesquels s'appuient les compagnies pétrolières ont participé à une banalisation et à un affaiblissement des Etats en Afrique et de leur possibilité de construire un cadre législatif et fiscal. Plusieurs participants partagent cette vision des choses. Pour Paul Heutching, l'Etat africain n'existe pas et, s'il existe, il n'assume plus qu'un seul rôle : celui de réprimer toute forme de contestation. Il y a eu une perversion de la fonction d'Etat. Gustave Massiah estime, pour sa part, stratégique de maintenir dans les analyses qu'on fait l'existence de l'Etat. Cette position présente un triple intérêt, celui de pouvoir penser : - que les « responsabilités » de la situation actuelle ne sont pas qu'extérieures mais qu'elles sont aussi le fruit de contradictions internes ; les Etats ont des autonomies et des histoires contradictoires ; - que les populations ont la possibilité de changer les choses, en se battant ; - redonner un sens à l'Etat, c'est la possibilité de mettre en débat des propositions économiques alternatives. Pour Patrice Yengo, la pérennité d'Etats corrompus et sanguinaires s'explique par la désagrégation du tissu social africain qui empêche la constitution de mouvements de résistance (voir infra). L'Afrique connaît des leurres d'Etat, bâtis sur la destruction de tout lien social. C'est parce que les liens sociaux, les passerelles ont été détruites que les politiques économiques de prédation ont pu être appliquées. ANALYSE DES OUTILS JURIDIQUES DISPONIBLES POUR FONDER EN DROIT LES RESPONSABILITES DES MULTINATIONALES DU PETROLE Sam Zarifi est avocat. Il travaille actuellement aux Pays-Bas. Le problème pour Sam Zarifi n'est pas de lutter pour la disparition des multinationales - car comme lui disait un ami « Pour les africains, ce qui est pire que davoir une multinationale sur son territoire, cest de ne pas en avoir du tout » - mais de réguler leurs comportements. Or, les codes de conduite ne sont pas, selon Mr Zarifi, les meilleurs outils pour s'acquitter de cette tâche. Pourquoi? A- Les codes de conduite sont inefficacesCette inefficacité est à relier : - à un « changement de contexte » : le débat sur les codes de conduite est assez ancien, puisqu'il date des années '70. A cette époque, un mouvement en faveur d'un Nouvel Ordre Economique International a provoqué l'élaboration de nombreux codes de conduite, très différents de ceux que nous connaissons actuellement. Ils étaient conçus dans les pays industrialisés et s'attaquaient à des pratiques financières, répandues chez nous, comme la constitution de trusts et la corruption. Ces problèmes étaient « plus simples » à traiter, parce qu'ils nous « concernaient directement ». Maintenant il sagit d'affronter d'autres types d'infractions (violations de droits de l'Homme...), dans des pays qui sont très éloignés (Afrique, Amérique latine...). - à une divergence entre les objectifs des uns et des autres : * pour les multinationales, le code de conduite n'est quune technique de communication utilisée les managers pour « redorer » le blason de leur société et non pas, comme le souhaiteraient les associations citoyennes, le cadre à un « assainissement » de leurs activités. * plus que le respect de normes environnementales et des droits humains, c'est l'accumulation des bénéfices qui intéresse les firmes internationales. - à une « inadéquation » entre les textes et la réalité du terrain : la personne qui a rédigé les codes de conduite que Shell s'est engagé à respecter n'a jamais mis les pieds sur un champ pétrolier. - à une absence de contrainte : lorsquun manager signe un code de conduite, il n'est pas tenu de le respecter. Ce qui fait dire à Sam Zarifi que seuls les procès sont efficaces, car ils touchent les transnationales dans « ce quelles ont de plus précieux : leur argent ». - à une absence de volonté de faire appliquer les codes sur le terrain : aux yeux des juristes, un code de conduite unanimement appliqué prend force de loi avec tout ce que cela suppose de contraintes (pour le respecter) ou de problèmes (s'il est bafoué) pour les multinationales. On comprend dès lors que les managers ne poussent pas au respect des codes sur leurs différents sites d'exploitation. - à une absence de contrôle de lapplication des codes : chaque année, des audits sont réalisés dans les multinationales pour vérifier leur comptabilité. En cas de fraude, ils sont lourdement sanctionnés. Un tel contrôle n'existe pas en ce qui concerne le respect ou le non-respect des codes de conduite par les transnationales. A l'heure actuelle, une seule entreprise a été autorisée à réaliser ce type d'enquête. Il s'agit de KPMG, sollicitée par Shell pour un audit sur l'application de son code de conduite. Ses auditeurs ont visité 180 sites d'exploitation en 15 jours. On a du mal à croire qu'ils aient pu faire un travail de qualité. Même si c'était le cas, personne ne peut vérifier leurs conclusions (black-out total). B. Les codes de conduite sont dangereuxLa rédaction des codes de conduite se fait en partenariat avec des ONG. Ces « associations » entre multinationales et associations citoyennes sont, selon Sam Zarifi, dangereuses. Elles donnent l'impression aux ONG de maîtriser la situation, de pouvoir réellement contrôler les activités des transnationales. Mais c'est totalement faux puisque les sociétés continuent d'agir en toute impunité. La crédibilité des associations citoyennes pourrait souffrir de « cette absence de résultats ». Pour Sam Zarifi, les codes de conduite ne présentent qu'un seul avantage : ils permettent au grand public (souvent par leur non-respect) de prendre conscience du comportement des multinationales dans le monde. Ils facilitent les processus de sensibilisation et de mobilisation de la société civile. C. Les réactions à l'exposé de Sam ZarifiLes participants ont pris la parole soit pour compléter, nuancer ou partager l'avis exprimé par Sam Zarifi sur les codes de conduite. Pour compléterRené De Schutter - En Belgique, il est très difficile de poursuivre au pénal une personne morale (entreprise). Car, dans un grand nombre de cas, il faut pouvoir déterminer qui a commis la faute (administrateur, ouvrier...). Or ce n'est pas toujours simple à faire. Il y a là un véritable problème dont il faut être conscient lorsque l'on élabore des stratégies d'action contre les multinationales. - Dans le cadre de la « Campagne Vêtements propres », nous avons exigé que le contrôle des codes sur le terrain soit fait par des ressortissants du pays (syndicalistes, associations de consommateurs...) dans lequel la multinationale exerce son activité. Nous évitons ainsi les problèmes rencontrés par la société KPMG (délais trop courts). De plus, nous nous assurons de la qualité de l'information qui nous est transmise puisqu'elle est le résultat d'une présence constante de nos partenaires dans les ateliers et non pas comme dans le cas de KPGM, dune visite de quelques heures sur un site d'exploitation pétrolière. Olivier De Schutter
Hakim Ben Hammouda
Pour nuancerRené De Schutter - Les codes de conduite sont d'extraordinaires outils de mobilisation de la société civile. lis permettent à de nombreux individus de s'investir et sous-tendent à la fois une démarche éducative (processus de sensibilisation de la population du Nord aux situations vécues au Sud) et une démarche politique (processus de participation des sociétés du Nord à des campagnes, à des actions ponctuelles...). Les procès et autres actions en justice ne favorisent pas ce type d'implication citoyenne. Olivier De Schutter
Martial Cozette
Pour partager (tout en allant plus loin dans le propos)Paul Heutching - Les compagnies pétrolières ne veulent pas respecter les codes de conduite qu'elles contribuent à rédiger car elles ne s'intéressent qu'à l'accroissement de leurs bénéfices. Imaginer dès lors qu'elles puissent s'inquiéter du sort des population locales équivaut à croire qu'un charognard souhaite la fuite de sa victime, alors que seule sa mort lui permet de se nourrir et donc de survivre. Dès lors, il faut répondre par la violence à la violence des multinationales, jusqu'à ce qu'elles acceptent la concertation et reconnaissent qu'elles n'ont pas le droit d'agir comme elles le font. Le pétrole est une véritable malédiction pour les nations africaines. Il est synonyme de misère, de mort, et de guerre civile. Sans cette ressource, l'Afrique souffrirait moins. Elle subirait le développement mais pas la répression politique. Le pétrole n'est porteur de changements que si le pays qui le possède est dirigé par des politiques compétents et élus démocratiquement, ce qui n'est pas le cas de l'autre côté de la Méditerranée. 2. LES ACTIONS EN JUSTICE ET AUTRE PROCEDURES Plutôt que de perdre son temps à rédiger des codes de conduite, il serait plus efficace, selon Sam Zarifi, d'utiliser d'autres procédés pour contraindre les multinationales à changer de comportement. Il met en exergue les procès et parle des instances qui sont susceptibles de servir cette cause. A- Les procèsQuatre procès défraient la chronique aux Etats-Unis qui mettent en cause des transnationales. Ces dernières se sentent particulièrement concernées car de grosses sommes d'argent sont en jeu. De surcroît, les firmes sont conscientes que si elles perdent ces procès, elles pourraient à lavenir. en perdre d'autres : Contre Shellles plaignants tentaient d'obtenir des indemnités pour les violations de droits perpétrées par Shell au Nigeria. lis ont été déboutés car Shell est une firme européenne. Elle doit donc être jugée en Angleterre ou aux Pays-Bas. La société a bien un filiale américaine mais celle-ci n'est pas concernés par les activités de la « maison mère » au Nigeria. En Europe, la procédure risque d'être longue et difficile. En effet, si l'on regarde lorganigramme de Shell, cette société n'est pas directement impliquée dans des activités d'exploitation pétrolières Seules les diverses compagnies qu'elle possède le sont. Or établir un lien entre ces firmes et Shell - de façon à poursuivre ce dernier en justice - n'est pas chose aisée. L'expérience pourrait néanmoins en inciter d'autres à attaquer Elf en France (P. Lissouba, le président du Congo Brazzaville renversé en 1997, a porté plainte contre Elf, la justice française n'a pas donné suite). Des Birmans contre Total et Unocalpour construire un oléoduc en Birmanie, le gouvernement a déporté les familles habitant sur le tracé de l'installation. Puis, il a contraint les hommes à travailler pour Total, afin de rembourser « les frais occasionnés par le déplacement de leurs proches ». Les Birmans ont porté plainte en invoquant l'esclavage. Ce procès a eu un énorme retentissement. Des Equatoriens et des Péruviens contre Texacoils demandaient réparation pour les dommages causés par Texaco à la forêt amazonienne. Déboutés (voir infra), ils ont reformulé leur plainte en invoquant le génocide. lis ont peu de chance d'être entendus, car leur nouvel angle d'attaque semble peu « pertinent » Des Indonésiens contre une compagnie minière, la Freeportils ont perdu leur procès, le génocide n'ayant pas eu lieu. Toutes ces actions en justice se sont appuyées sur un texte de loi américaine datant de 1789 (« Alien tort Statute ») qui précise « quun plaignant étranger peut poursuivre, individu ou une firme devant les tribunaux américains, sil estime avoir été victime de violations du droit international et réclamer des indemnités ». Il existe néanmoins
des limites à ces plaintes.
B. les instances européennes et internationales Le Parlement européenLes grandes institutions peuvent aussi infléchir le comportement des multinationales. Sam Zarifi souligne l'implication grandissante du Parlement européen dans ce combat. Les efforts déployés par cet organisme pour en appeler à la responsabilité des firmes travaillant hors de leurs frontières sont tout à fait remarquables. Ils ont pris la forme d'une résolution votée en janvier dernier. Celle-ci se réfère aux textes de l'O.I.T. (et rappelle entre autre chose l'interdiction du travail des enfants, du travail forcé...), aux travaux de la CNUCED dont l'objectif était d'élaborer un code de conduite applicable à toutes les multinationales (projet avorté) et aux directives de l'OCDE concernant les transnationales. Cette résolution est
importante parce qu'elle
Il est important de faire écho aux travaux du Parlement européen et de lui faire parvenir toutes les informations que possèdent les ONG, les chercheurs, les juristes... Il ne suffit pas de pointer du doigt les multinationales. Il faut aussi que l'information prouvant qu'elles se comportent mal circule davantage, afin que l'opinion publique se mobilise et que le discours politique change. L'OMC, l'OCDE et les institutions de Bretton WoodsIndépendamment de son action, l'Europe peut être utile, en faisant pression sur certaines instances. comme lOCDE. Pourquoi parler de lOCDE et pas de lOMC ? L'OMC est très difficile à influencer. De surcroît, elle ne souhaite pas discuter des problèmes que posent les multinationales. Il ne s'agit pas d'un refus de l'organisation, mais d'un refus des pays du Tiers Monde. Ces derniers sont opposés à un moratoire sur la prospection. Certains Etats, comme le Vietnam ou le Cambodge, qui commencent à explorer leur sous-sol voient dans ce projet de moratoire une tentative européenne pour les empêcher de s'enrichir. L'Europe peut néanmoins agir sur lOCDE afin de la contraindre à renforcer ses directives. Ce travail pourrait être extrêmement fructueux puisque lOCDE regroupe 95% des multinationales présentes dans le monde. De plus, la plupart de ces firmes ont leur siège dans des pays démocratiques. L'OCDE a déjà
à son actif une convention sur la corruption dans les Affaires Publiques.
Les Nations uniesDeux instances travaillent - ou ont travaillé - à une réglementation concernant les multinationales : - La Cnuced : elle a tenté
d'élaborer un code de conduite applicable à toutes les transnationales.
Elle a échoué parce que les multinationales et les PVD s'y
sont opposés. Les nations du Tiers Monde qui cherchaient à
privatiser divers secteurs de leurs économies, craignaient que le
projet de réglementation internationale ne fasse fuir les investisseurs.
Elles ont donc refusé de s'y associer. Cet échec a d'énormes
conséquences. Aujourd'hui, lorsque vous demandez à une société
pourquoi elle ne respecte pas les normes environnementales, elle vous répond
systématiquement : « parce que la concurrence ne les respecte
pas non plus. Si je suis la seule à le faire, je ne serais plus
compétitive ». Or, si tous les pays se mettaient d'accord
sur une réglementation internationale, ils ne permettraient plus
que les multinationales invoquent ce genre dargument. pour continuer à
agir comme elles le font. Contrairement à ce que croient beaucoup
de personnes, il est possible de définir des normes internationales.
Il y a des précédents, comme la convention contre la corruption,
adoptée très récemment par lOCDE.
C. Questions et réactions à l'exposé de Sam ZarifiOlivier De Schutter : Total s'est toujours refusé à assumer la responsabilité des « excès » en Birmanie (voir supra). La société s'est défendue en disant que le gouvernement birman avait organisé, comme bon lui semblait, limplantation de l'oléoduc. Face à cette situation, quels sont les critères pris en considération par les cours américaines pour évaluer le degré de responsabilité des multinationales vis-à-vis des pays dans lesquels elles investissent, étant entendu qu'une multinationale ne petit pas violer les droits et qu'elle ne peut pas non plus être le mailon d'une chaîne qui conduit à la violation de ces droits ? Sam Zarifi : le critère d'évaluation le plus communément utilisé par le pouvoir judiciaire consiste à dire que plus une firme est « proche de la violation de droits », plus grande est sa responsabilité. Il faut nuancer ce propos par deux exemples. En Chine, le pouvoir politique
promulgue les lois qui servent de cadre à l'activité des
transnationales. Il définit lui-même ce qui est licite ou
illicite. Les multinationales n'ont rien à dire.
Aimé Maturin Moussy se demande si le débat qui vise à infléchir le comportement des multinationales concerne les Africains. Ne devrions-nous pas développer nos propres stratégies de lutte et utiliser les associations du Nord - qui sont capables de mobiliser très rapidement leurs opinions publiques et leurs hommes politiques - pour nous protéger contre la répression politique ? Bruno Carton : ne faut-il pas réfléchir aux possibilités qui existent de faire sanctionner les Etats industrialisés quand ils permettent à leurs firmes d'aller travailler au rabais, à la pprédation dans les pays du Sud ? Il faut aussi s'interroger sur les possibilités quont les populations du Sud de faire condamner leurs Etats, lorsqu'ils sont responsables ou complices de violations de droits. Giani Tognoni
ANALYSE DES MOYENS DE SENSIBILISATION, DE MOBILISATION ET D'ACTION CONTRE LES MULTINATIONALES 1- PRESENTATION SOMMAIRE DE QUELQUES CAMPAGNES A. Face à la mondialisationGustave Massiah Les actions de mobilisation menées contre les multinationales s'inscrivent dans un mouvement plus vaste de lutte contre la mondialisation (globalisation). Quatre campagnes s'intéressent tout particulièrement à ce problème. - La campagne sur la dette : qui a connu un nouvel essor grâce aux actions de « Jubilé 2000 ». Les associations exigeaient une suppression totale de la dette des pays en voie de développement. - La campagne sur le commerce mondial et lAMI - La campagne sur les marchés financiers qui compte deux chevaux de bataille, la lutte contre les paradis fiscaux et l'imposition d'une taxation sur les spéculations financières. - La campagne concernant les institutions financières internationales qui pose le problème de la régulation du système financière mondial. B. Face aux multinationalesDivers participants ont présenté leurs associations qui luttent pour infléchir le comportement des multinationales, quels que soient leurs domaines d'activités. Oilwatch ( A. van dni Hoek) : le siège de cette association se trouve au Pays-Bas. Elle possède un réseau très développé de partenaires au Sud et travaille entre autre pour la protection de certaines zones (Amazonie), l'idée originelle étant d'obtenir un moratoire international pour les soustraire à la « convoitise » des grandes entreprises (exploitation du sous-sol, déboisement...) ICEM ( M. Murphy) : Confédération syndicale des secteurs minier et pétrolier. L'I.C.E.M. apporte un soutien à la création de syndicats dans les pays pétroliers. Elle fournit aussi un appui logistique, technique...) aux organisations syndicales déjà présentes sur le terrain. SOS Libertés et
Nature (A.M. Moussy) : cette association travaille sur le projet de
pipeline entre le Cameroun et le Tchad. L'idée n'est pas de lutter
contre l'implantation de l'oléoduc mais de se battre pour que son
installation se fasse dans le respect des populations locales et de l'environnement,
de façon à ce qu'il devienne un véritable facteur
de développement pour les pays concernés. Le slogan de la
campagne, « no pipeline, no freedom » traduit cette volonté.
Collectif « Elf ne doit pas faire la loi en Afrique » (G. Massiah) : ce collectif a pour objectif de dénoncer l'attitude d'Elf en Afrique et, par ricochet, celle de la France. Il regroupe, et c'est une nouveauté, des associations africaines (d'Afrique et de France) et des organisations françaises (Cedetim, Parti des Verts, syndicats...). Le mouvement existe depuis deux ans. Il a mené diverses actions, dont une campagne de dénonciation sur base de petites affiches. Ces dernières représentaient le Golfe de Guinée et des puits de pétrole, noyés sous des flots rouges. Ceux-ci symbolisaient la transformation de l'or noir en sang, dans des pays entièrement sous la coupe des multinationales du pétrole. L'affaire a fait grand bruit. Elf a porté plainte mais sans succès (débouté en appel). Une autre action du collectif consiste à rédiger des tracts dénonçant l'attitude dElf puis à les distribuer aux membres du personnel de la société. Les réactions sont « favorables ». Il y a eu un rapprochement sensible avec les syndicats (en lutte contre la direction), même si l'Afrique leur semble loin et s'ils cherchent d'abord à défendre l'emploi en France. Rupture : cette association a été créée au Congo-Brazzaville. Elle milite pour la paix civile et la défense des droits fondamentaux et tente de désenclaver son action en l'étendant à toute l'Afrique centrale. La campagne « vêtements
propres » (R. de Schutter, P. Pennartz, M. Meyer) : elle existe
depuis plusieurs années et a comme principaux objectifs :
2. DIFFICULTES QUI ENTRAVENT L'ELABORATION DE CAMPAGNES AU NORD ET AU SUD A. Au NordGustave Massiah Une des difficultés auxquelles nous sommes confrontés est de mener des campagnes qui agissent à la fois au niveau local, national et international. Au niveau local, l'aide apportée par les associations du Nord aux populations du Sud prend la forme d'un soutien aux mouvements de résistance et de lutte. Si l'on veut dépasser ce stade « de résistance », il faut automatiquement agir au niveau national, voire international. Et là, les choses se compliquent car la corruption a considérablement modifié les rapports entre les Etats et les grandes entreprises, en les liant (parfois) étroitement lun à l'autre. Les associations du Nord doivent alors définir des alliances, négocier (au cas par cas) avec les partenaires au Sud pour savoir quels mouvements et quelles propositions elles acceptent de soutenir. Au niveau international,
il existe deux courants quil est peut-être intéressant d'appuyer.
Une autre difficulté
dont il faut tenir compte lorsque l'on veut lancer une action contre les
multinationales, est le contexte culturel du pays dans lequel on opère.
Les citoyens français (contrairement aux Hollandais et aux Américains)
nont pas pour habitude de recourir aux tribunaux ou au boycott pour infléchir
le comportement des multinationales, En ce qui concerne l'action en justice,
elle a été plusieurs fois tentée sans grand résultat.
L'avocat Olivier Ruisbach, fondateur de l'association « Droit contre
raison dEtat » a ainsi saisi les tribunaux à trois repries
:
Dans les trois cas, les juges se sont déclarés incompétents. Plus récemment, d'autres actions en justice ont été menées (sans-papiers,...). Elles se sont révélées inefficaces et même contre- productives. De surcroît, l'utilisation de certaines affaires (Dumas/Deviers Joncourt, Le Floch Prigent...) pour dénoncer l'action des multinationales et les faire condamner, a aussi été impossible. A côté du manque de résultats, un autre élément explique la réticence française à recourir aux tribunaux : il s'agit des liens qui, en France, unissent très étroitement les grandes entreprises à l'Etat. Face à ce constat
« dimmobilisme », trois champs d'action sont à explorer
B. au SudLes contextes de violence (Algérie) ou de désinformation (Cameroun) dans lesquels vivent les pays africains producteurs de pétrole constituent les principaux freins à l'élaboration de campagnes dans ces pays. Ghazi Hidouci - le cas de l'AlgérieEn 1971, la nationalisation du pétrole se traduit dans les faits par l'ouverture du domaine pétrolier algérien aux compagnies américaines et anglaises, l'amélioration en terme de revenus du budget algérien et la démobilisation de toutes les organisations syndicales, politiques... qui luttaient jusqu'ici pour un changement de régime pétrolier. Une période noire succède au processus de nationalisation: celle de « lindustrialisation clé en mains ». Les compagnies pétrolières récupèrent les pertes enregistrées lors de la nationalisation du pétrole en proposant à l'Etat algérien des capitaux (processus d'endettement), des équipements pétroliers et des usines construites et contrôlées par elles (immixtion dans la souveraineté financière du pays). La situation perdure jusqu'en 1986. A cette époque, la chute du prix du pétrole entraîne une rei-nobilisation des syndicats et autres associations citoyennes. En 1991, les élections législatives sont interrompues. Soumis à diverses pressions, les représentants de l'ancien pouvoir sont particulièrement effrayés par le désir de changement de régime pétrolier exprimé par les associations citoyennes algériennes. Celles-ci se prononcent en faveur des investissements des compagnies étrangères en Algérie mais souhaitent que l'Etat organise leur retour dans les limites d'un cadre juridique contraignant. L'Etat s'y refuse, préférant l'organiser, sur base de critères individuels (décisions au coup par coup et différentes selon les sociétés). En 1994, l'Etat l'emporte. La privatisation du pétrole algérien est organisée selon ses désirs avec le concours de la Banque mondiale et du FMI. Aujourd'hui, les zones pétrolières constituent « un Etat dans lEtat ». Elles sont interdites à tous les Algériens qui n'y travaillent pas et sont complètement quadrillées par des milices privées. Cette situation rend toute mobilisation contre le secteur pétrolier dangereuse, voire impossible Aimé Maturin Moussy : le cas du CamerounEn 1975, les Camerounais sont invités à participer à la construction de la raffinerie de Limbe. lis découvrent que leur pays est riche en or noir, contrairement à ce que prétendait jusqu'ici le gouvernement. « Le pétrole ne constitue pas une ressource suffisamment sûre et abondante pour assurer le développement du pays, chacun veillera donc à cultiver ses terres (politique de la ceinture verte) ». Jusqu'en 1996, les recettes pétrolières ne seront pas budgétisées. Dans ce contexte d'opacité et de déni, il est toujours impossible aux Camerounais d'obtenir des informations sur la gestion du pétrole dans leur pays (délit contre la sûreté de l'Etat). Ainsi, la plupart d'entre eux on appris le projet de construction d'un pipeline entre le Cameroun et le Tchad par le biais de la presse étrangère. Suite à cette découverte et sous la pression populaire, le gouvernement a organisé un forum afin « de prendra, en compte, les exigences du peuple ». Sur les 60 ONG invitées à participer aux débats, 58 étaient proches du pouvoir. Les organisations indépendantes n'ont été admises au forum, quen tant « observateurs muets ». Malgré ce contexte difficile, la contestation s'est progressivement organisée, appuyée entre autre par le collectif « SOS Libertés et Nature » et son slogan « no pipeline, no freedom ». L'élaboration de campagne reste néanmoins difficile parce que la quête d'informations fiables est impossible (black-out total de la part de l'Etat camerounais) et dangereuse. La « désintégration » de la société civile africaine constitue un autre obstacle à la mobilisation citoyenne en Afrique. Patrice Yengo
C. Quels moyens le Nord et le Sud peuvent-ils conjointement utiliser pour sortir les pays d'Afrique de leur isolement ?Martin Zint - Il faut savoir exploiter « les points forts des uns et des autres ». Même s'ils n'ont pas accès à linformation, les partenaires du Sud ont une grande connaissance de la situation de leur pays et des différents acteurs en présence. Ces données sont utiles aux associations du Nord et leur permettent d'agir plus efficacement. Ces dernières, de leur côté, peuvent accéder beaucoup plus facilement aux renseignements qui font défaut au Sud, grâce à leurs relais dans d'autres villes du monde ou à des contacts dans différentes institutions (FMI, Banque mondiale...). Il faut maintenant développer des réseaux efficaces et rapides de transmission de ces données (fax, E-Mail, sites Web...) pour faciliter les échanges et sortir les associations citoyennes du Sud de leur isolement. Les trois associations à
linitiative de ce séminaire remercient l'ensemble des participants
pour leurs contributions aux débats.
compiler les matériaux
d'analyses, les documents de campagnes de sensibilisation et d'action pour
dégager une typologie des droits de l'homme et des peuples violés
par les activités des multinationales du pétrole (avec la
question d'élargir le champ d'analyse aux multinationales dans le
domaine minier). Il s'agirait de créer une doctrine à ce
sujet ;
Face à des groupes privés qui se comportent en « sociétés à irresponsabilité illimitée », le levier d'action du droit international à construire et le terrain de l'action en justice sont à investir. A investir avec des partenariats plus larges, déjà esquissés dans ce séminaire. L'A.I.T.E.C., le G.R.E.S.E.A. et I.R.E.N.E. s'engagent à s'y investir, en lien avec les travaux futurs du Tribunal Permanent des Peuples consacrés aux responsabilités des firmes économiques privées quant aux droits de l'homme et des peuples. Les trois associations s'efforceront
en outre d'interpeller, sur base de ce séminaire et de la session
du Tribunal Permanent des Peuples
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Les débats ont eu lieu dans les locaux du CICP (Centre International de Culture Populaire), au 21 ter, rue Voltaire 75011 Paris et ont rassemblé diverses personnalités du monde associatif européen et africain : Peeters, B. Carton et R. De Schutter (GRESEA), 0. De Schutter, S. Zarifi (juristes), F. Houtart (Alternatives Sud), J.-Y Barrère (économiste), G. Tognoni (Tribunal Permanent des Peuples), H. Ben Hammouda (Codestria), A. Van den Hoek (Oilwatch), C. Heensleeak (Novib), M. Cozette (CFIE), M. Murphy (ICEM), P. Pennartz (IRENE), A. M. Moussy (SOS Libertés et Nature), P. Heutching et P. Bissila (Collectif « Elf ne doit pas faire la loi en Afrique »), R. Benhaim (Cedetim), W. Mai (Brot für die Welt), M. Zint (projet Tcliad/Cameroun),E. Todts (Oxfam Solidarité), P. Yengo (mouvement associatif africain), M. Vandemeulebroucke et B. Saliba (journalistes), S. Allen et M.A. Aneli (étudiantes), G. Massiah et G. Hidouci (AITEC). |
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