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* La question mondiale * Service public * Questions urbaines * Solidarité internationale |
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LA QUESTION MONDIALE |
Par l'Aitec, in Revue
Pôle, juillet-septembre 1996, pp. 65-71
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| Que ce soit vis-à-vis
des problèmes du chômage, de la redistribution ou la dette,
chaque fois qu'une conférence internationale, particulièrement
celle des sept pays les plus riches, se tient, il y a des contre propositions
qui émergent, portées par la résistance aux conséquences
négatives, souvent inacceptables, de la mondialisation du modèle
de transition.
Depuis quinze ans, les objectifs poursuivis pour le traitement de la dette, libéralisation des échanges, maîtrise du crédit, dévaluation n'ont pas permis la croissance, l'emploi ou même l'épargne nécessaire au remboursement. La priorité au remboursement de la dette à des taux d'intérêt prohibitifs pour les plus pauvres et injustifiés pour les autres, au détriment de l'investissement, a abouti à une impasse. DES FLUX DE CAPITAUX PRIVÉS
CONSIDÉRABLES MAIS TRÈS CONCENTRÉS
Les prêts des banques commerciales, au centre de la crise de la dette de 1982, semblent aujourd'hui marginaux en termes de flux. Les flux nets, après avoir été négatifs (4,9 milliards de dollars) en 1993, ont atteint 9,2 milliards de dollars en 1994 et 17,1 milliards de dollars en 1995, montant modeste par rapport à un total de flux privés de 167,1 milliards de dollars. La Banque mondiale souligne que les nouveaux engagements se sont concentrés sur des emprunteurs «de haute qualité». L'encours, qui s'est sensiblement réduit depuis un pic de 360 milliards de dollars en 1987, est aujourd'hui de l'ordre de 200 milliards de dollars. La dette du tiers monde n'est plus considérée comme un problème par les dirigeants des pays industrialisés, non pas parce que le fardeau de la dette n'écraserait plus les pays pauvres, mais parce que la dette ne fait plus peur aux banques, qui ont opéré, avec l'aide de leurs gouvernements et des institutions de Bretton Woods, un désengagement massif, qui n'est pas remis en cause par le rebond timide et sélectif des dernières années. L'année 1995 a été marquée par la poursuite de la croissance des investissements directs, qui ont atteint le montant record de 90 milliards de dollars (38% du total mondial), dont 54 milliards de dollars pour l'Asie de l'Est et le Pacifique, et 38 milliards de dollars pour la Chine. Cette croissance des investissements directs contraste avec le déclin des investissements de portefeuille, de 84 milliards de dollars, en 1993, à 67 milliards de dollars en 1994, et 56 milliards de dollars en 1995. Ce déclin est attribué à l'augmentation des taux d'intérêts aux Etats Unis, en février 1994, à la crise mexicaine de fin 1994, aux performances boursières nord-américaines en 1995 et à quelques pré occupations quant à une surchauffe des économies asiatiques fin 1995. Une nette différenciation
entre l'Asie et l'Amérique latine est apparue en 1995, à
la suite de la crise mexicaine, qui a constitué un événement
majeur de la fin de l'année 1994 et de l'année 1995, en matière
de financement du développement.
LA CRISE MEXICAINE
N'allaient-elles pas avoir pour contrepartie des paiements massifs d'intérêts et des rapatriements de dividendes ? Des désinvestissements n'étaient-ils pas à craindre si la conjoncture se détériorait ou si, tout simplement, la confiance faiblissait. L'économie mexicaine restait instable, excessivement dépendante des ressources pétrolières, marquée par un déséquilibre structurel de la balance courante des paiements et par un poids considérable de l'endettement à court terme. Les tensions sociales et politiques, dans lesquelles les rigueurs de l'ajustement ont certainement joué leur rôle, ont contribué à la défiance des «marchés». Sans prétendre entrer
dans le détail des origines de la crise, une dévaluation
de 15% du peso en décembre 1994, considérée comme
insuffisante par les «marchés», a provoqué un
mouvement de repli au Mexique, puis des effets de contagion, immédiats,
en Argentine et au Brésil, étendus à l'ensemble des
«marchés émergents».
Les leçons de la crise
mexicaine ont été tirées de manières diverses.
Les épargnants nord-américains y gagneront en prudence. Le
FMI et la Banque mondiale n'ont pas manqué de donner au Mexique
quelques leçons rétrospectives de bonne gestion macroéconomique
(sur le poids des dettes à court terme, le taux des dévaluations
et le montant souhaitable des réserves monétaires, par exemple).
UNE DETTE QUI CONTINUE
A CROÎTRE
Les principaux pays endettés
sont le Brésil, avec 151 milliards de dollars fin 1994, et le Mexique,
avec 128 milliards de dollars fin 1994, et plus de 150 mil liards de dollars
aujourd'hui. La Chine atteignait 100 milliards de dollars fin 1994 et la
Russie s'en approchait. La Russie pose d'ailleurs de difficiles problèmes
à la communauté inter nationale, tant comme débiteur
que comme créancier. Pays fortement endetté et a l’évolution
incertaine, elle est également un des premiers créanciers
du tiers monde. A la suite de l'accord d'avril 1993, dit de l’«option
zéro», la Russie assume l’ensemble des créances et
des dettes de l'Union soviétique Elle estimait ses créances
sur le tiers monde à 173 milliards de dollars fin 1993 ce qui constituerait
un quart de la dette extérieure des pays pauvres lourdement endettés
(«heavily indebted poor countries»), si l'on accepte cette
évaluation Celle ci est cependant contestée par l'ensemble
des débiteurs, en particulier en matière de taux de change
du rouble.
La dette de l'Afrique subsaharienne reste le sujet de préoccupation majeur malgré son montant relativement modeste, de 223 milliards de dollars fin 1995. Le Nigeria concentre 15% de la dette de l'Afrique subsaharienne. Le ratio dette/exportations continue à augmenter en Afrique subsaharienne et atteint 270% (mais 389% sans l'Afrique du Sud). La dette de l'Afrique subsaharienne est caractérisée par le poids des dettes multilatérales (FMI, Banque mondiale, Banque africaine de développement), qui constituent 35% de l'encours La dette de l'Asie orientale s'accroît à un rythme très rapide (12% en 1995 et 24% pour la Malaisie...), mais elle ne préoccupe aucunement les institutions internationales, en raison de la croissance rapide de la production et des exportations de la plupart des pays concernés. LE TRAITEMENT DE LA DETTE
BILATÉRALE DES PAYS LES PLUS PAUVRES : LES CONDITIONS DE NAPLES
Dix huit accords de restructuration de la dette ont été conclus en 1995 dont 13 en application des conditions de Naples. Celles-ci prévoient deux options : traitement de l’encours ou traitement du service de la dette. Le traitement de l'encours n'est cependant applicable qu'après une période probatoire de trois ans en matière de respect des accords avec le FMI, et en interdisant tout nouveau rééchelonnement. Il n’a été appliqué qu'à l'Ouganda (février 1995) et à la Bolivie (mars 1995, revu en décembre 1995). L'option de traitement du service de la dette a été appliquée à dix pays : Guinée, Cambodge, Guinée Bissau, Togo, Tchad Nicaragua, Sénégal, Haïti, Mauritanie et Cameroun. Les conditions de Naples prévoient une réduction de 67% de la valeur actualisée des montants consolidés. Il faut se garder de croire qu'elles réduisent la dette de 67% puisqu'elles ne s'appliquent qu'à la fraction de la dette envers les pays du Club de Paris qui est «consolidée», excluant les dettes contractées après la date butoir («cut-off date») et traitant au cas par cas les arriérés et les dettes déjà consolidées. Cinq accords ont par ailleurs
été conclus pour des pays à revenus moyens : Algérie
(pour 6,4 milliards de dollars), Croatie, Gabon, Macédoine et Russie
(pour 7,3 milliards de dollars). Au-delà de la constatation d'une
amélioration des conditions, il convient, pour apprécier
si ces mesures sont suffisantes, de poser la question de leur impact sur
l'encours et sur le service de la dette totale.
La Banque mondiale semble
avoir une analyse moins restrictive, ou plus réaliste, de l'impact
de l'application des conditions de Naples, et considère qu'il existe
peu de perspectives de sortie du processus de rééchelonnement
pour la plupart des pays à faibles revenus.
LE POIDS DE LA DETTE MULTILATÉRALE
ET LA «MULTILATERAL DEBT FACILITY»
Le problème de ressources semble être le point essentiel. Le FMI et la Banque mondiale souhaitent associer des contributeurs bilatéraux, mais l'on sait que ceci risque de poser de sérieux problèmes dans la conjoncture de restrictions budgétaires actuelle, alors qu'une part importante des crédits d'ajuste ment structurel français a servi depuis plusieurs années, avant la dévaluation du franc CFA, à refinancer des échéances du FMI ou de la Banque mondiale. Tout en approuvant l'idée d'un traitement de la dette multilatérale, on doit rappeler que l'émergence de la question à la Banque mondiale est probable ment liée au fait que de multiples crédits d'ajustement structurel arrivent main tenant en période de remboursement, sans que l'économie des pays ayant bénéficié de cet ajustement ait été améliorée. Ce qui devrait poser la question de l'évaluation des politiques d'ajustement structurel. LA RÉGRESSION DE
L'AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT
Elles font également naître des craintes quant aux fonds alimentant les flux concessionnels des institutions multilatérales (IDA, etc.), notamment en raison des positions des représentants républicains aux Etats-Unis. On a assisté à un arrêt des opérations du Fonds africain de développement (FAD), branche concessionnelle de la Banque africaine de développement, pendant deux ans et demi, en raison des difficultés de reconstitution du FAS VII. On a mentionné les doutes des contributeurs quant à l'efficacité de l'institution et à la qualité des projets financés par la Banque africaine de développement, mais les difficultés sont identiques pour la Banque asiatique de développement et pour la Banque interaméricaine de développement. Elles n'ont pas épargné le renouvellement des fonds de FIDA, branche concessionnelle de la Banque mondiale, qui a fait l'objet d'un accord en mars 1996 pour trois ans, portant sur un montant de 22 milliards de dollars, mais dont il est estimé qu'il crée de sérieuses contraintes sur la capacité financière de l'IDA à répondre aux besoins des pays les plus pauvres. Comment, dans ce contexte de restrictions, ne pas poser encore la question de la cohérence et de la qualité de l'aide, donc celle d'une évaluation objective et démocratique, tout en souhaitant que la découverte du qualitatif ne soit pas que l'alibi de la réduction de l'aide? Une remarque pour conclure, puisqu'une réunion du G7 sur l'environne ment s'est tenue les 9 et 10 mai à Cabourg et a lancé un «cri d'alarme» : où sont les flux supplémentaires considérables jugés nécessaires au développement durable, identifiés lors de la Conférence de Rio? Où en est-on donc aujourd'hui? Les membres de l'AITEC constatent : «En 1982, la course à l'endettement des économies du Sud, croisée avec l'envolée des taux d'intérêts et les politiques monétaristes se traduit par la gigantesque crise de la dette qui va occuper l'ordre du jour des sommets pendant dix ans. Les principes du traitement sont depuis lors constamment réaffirmés : traitement au cas par cas et refus de toute négociation d'ensemble; refus de toute reconnaissance de coresponsabilité et de toute discussion sur l'illégitimité d'une partie de la dette; obligation de subordonner toute négociation à l'ajustement structurel au marché mondial; imposition du rééchelonnement comme seule technique d'allégement des remboursements. Au sommet de 1992, trois innovations sont annoncées en matière de dette. La situation en Russie, et sa dette, fait désormais l'objet d'un traitement prioritaire. La reconnaissance du caractère politique du traitement est officielle; la Pologne et l'Egypte sont récompensées pour leur engagement militant dans la croisade du marché et dans la guerre du Golfe. Le G7 lance enfin, hypocrisie maximum, un appel pressant à l'ensemble des détenteurs publics de créances, le Club de Paris, c'est-à-dire lui-même, pour rechercher des solutions à la dette du Sud.» Et de conclure : «II faut dire qu'en dix ans, la situation a évolué. Le système monétaire a été consolidé. Une partie des grands pays payent leurs annuités et empruntent; les autres sont marginalisés. Les créanciers on provisionné, leurs pertes, et le système bancaire, au prix de quelques faillites, n'est plus en danger. La dette ne fait plus peur, on n'en parle presque plus; le problème est-il pour autant réglé? En apparence, peut-être, et pourtant. La gestion de la crise de la dette a eu des effets déflationnistes considérables. Les flux financiers vont du Sud vers le Nord; si l'on y ajoute la baisse des cours et la réduction des recettes d'exportation, on a réduit à néant le financement du développement. La gestion de la crise de la dette est analogue à celle des années 1890 qui s'est traduite par le regain de l'expansion coloniale, et à celle des années vingt qui n'a pas été étrangère à la seconde guerre mondiale». (3) (1) Le flux net de ressources
(Aggregate net resource flows) ne prend cependant pas en compte les intérêts
sur la dette et les profits sur les investissements privés.
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