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ENVIRONNEMENT
 
Environnement


L'eau et l'assainissement dans les villes du monde

Aujourd’hui, près de la moitié de la population mondiale vit dans les zones urbaines ; en 2025, ce chiffre dépassera 60%, soit environ 5 milliards de personnes !
Cette croissance de la population citadine est particulièrement importante dans les pays pauvres : entre 1970 et 2000, cette population sera vraisemblablement passée de 635 millions à plus de 2 milliards, soit une augmentation de presque 350 % en 30 ans, alors que dans les pays riches elle ne sera que de 54%.
Dans beaucoup de villes du Tiers Monde, la moitié seulement des besoins en eau potable est satisfaite et il manque dramatiquement d’infrastructures pour évacuer les eaux usées et les eaux de pluie, d’où les inondations et les maladies souvent meurtrières. De plus, la qualité des ressources en eau douce se dégrade çà cause des pollutions industrielles et domestiques. C’est un problème que les pays développés connaissent bien ; ils tentent de le résoudre depuis quelques années déjà, grâce à une technologie de plus en plus sophistiquée dont les pays pauvres ne disposent pas.
Dans ces conditions, et compte tenu de la croissance urbaine à venir ; vivre aujourd’hui dans une ville où l’eau est disponible en quantité suffisante et ne présente aucun danger pour la santé, et où les eaux usées sont évacuées sans risque pour les êtres humains et l’environnement, est une chance et même un luxe. (Panneau 1)
 

L’EAU ET L’ASSAINISSEMENT DANS LES VILLES DU NORD

Dans les villes du Nord: l'eau, ça coule de source !

Dans les villes du Nord, l'eau est omniprésente : dans la sphère privée, il suffit d'ouvrir le robinet pour disposer d'une eau potable et abondante; dans le domaine public, les rues, les parcs, les jardins sont jalonnés de fontaines, bassins et points d'eau divers et les piscines, bases de loisirs ne manquent pas. 
Cette facilité d'approvisionnement en eau potable est la marque distinctive des pays matériellement les plus développés. Il y a plusieurs siècles, ces pays se sont lancés à la conquête de l'eau, au nom du bien-être, de l'hygiène et de la santé : petit à petit, les progrès scientifiques et techniques ont permis de créer des réseaux destinés à l'alimentation en eau potable et à l'évacuation des eaux usées et pluviales; petit à petit, l'eau courante, la salle d'eau ou salle de bains avec la fameuse trilogie "bidets, lavabo, baignoire et/ou douche", sont entrées dans les mœurs. 

Une industrie de l'eau 

Il s'est créé progressivement dans les pays développés une véritable industrie de l'eau : le captage, le traitement et la distribution de l'eau potable, l'assainissement et l'épuration des eaux usées domestiques et industrielles, la maîtrise du ruissellement des eaux de pluie, toutes ces activités sont aujourd'hui gérées par des institutions publiques et des sociétés privées au niveau local et/ou régional. L’eau est devenue l'affaire des spécialistes: ceux-là sont chargés d'assurer à tous un bon approvisionnement et - une bonne évacuation de l'eau pour un prix modeste, d'assurer une continuité de service permettant de libérer le citadin: plus de corvée d'eau, plus de risques sanitaires, plus de vidanges ; en bref, l'amélioration du bien-être et de la santé du citadin. 
 

Surconsommation et gaspillage 

"Ainsi pris en charge, les citadins sont devenus aussi exigeants qu'insouciants. on arrose le jardin à l'eau potable, on jette tout à l'égout et à la rivière ; les coupures d'eau paraissent intolérables, mais les réseaux sont aussi méconnus qu'enterrés" (1). 
L'exigence et l'insouciance des citadins, et plus généralement l'urbanisation, l'industrialisation, le mythe de la propreté ont conduit à l'augmentation incessante de la consommation d'eau et au gaspillage. Pourtant l'eau douce ne représente que 317o de la totalité des ressources en eau de la planète... 
La richesse entraîne une surconsommation d'eau. Alors qu'on pourrait se satisfaire d'une cinquantaine de litres d'eau salubre par jour ( 1 à 2 litres à boire et 25 à 50 litres pour préparer les aliments et pour l'hygiène corporelle ), la consommation personnelle d'un Américain est en moyenne de 400 litres, celle d'un Européen varie entre 150 et 300 litres. Dans les pays peu développés, elle n'est que de 40 litres ( dans le meilleur des cas ) d'une eau qui est souvent loin d'être salubre" (2). 
 

Données mondiales

Ressources terrestres en eau : 1400 millions de milliards de m3 dont en eau douce : 42 millions de m3 soit 3%.

Entre 1950 et 1980, la consommation mondiale d’eau (toutes eaux confondues) a été multiplié par 4, et la population par 2.

En France, les besoins quotidiens domestiques, en moyenne 150 litres par habitant et par jour, se répartissent ainsi :
 Boisson :  2 à 3 litres par jour
 Douche :  25 à 30 litres par jour
 Bain :   75 à 200 litres par jour
 Chasse d’eau : 10 litres par jour
 Lave-linge : 100 à 150 litres.
Il y un siècle, les besoins quotidiens étaient de 20 litres par habitant et par jour.
Consommation globale d’eau par an et par habitant
Pays riches 1500 m3
Pays pauvres 100 m3

Le saviez-vous ? 

En France, les réseaux de distribution d'eau potable laissent échapper au moins 10 % de leur contenu. De plus, 90 % de cette eau rendue potable à grands frais par les usines de traitement, repart à l'égout aprùs avoir servi à laver des voitures, à arroser des jardins, ou à nettoyer des carrelages. 

Un robinet qui goutte entraîne une perte de 30 à 50 rn3 par an (ce qui représente la moitié de la consommation. globale d'eau par an d'une personne vivant dans un pays pauvre). 
Un bain consomme en moyenne cinq fois plus d'eau qu'une douche; laver une voiture en consomme deux fois plus, et arroser un jardin cinq fois plus. Une chasse d'eau qui fuit peut représenter le double de votre consommation annuelle. (Panneau 3) 

L'eau en péril dans les pays riches
Jadis, l'eau parvenait à éliminer elle-même sa pollution par auto épuration naturelle. Aujourd'hui, soumise au développement urbain (la pollution mondiale a essentiellement son origine dans les zones urbaines) et à l'emploi massif de produits chimiques, l'eau est trop souvent menacée d'asphyxie. L'abondance des eaux usées quotidiennement déversées dans les cours d'eau représente un péril d'autant plus grave que, loin de stagner, la Consommation d'eau progresse de jour en jour. 

Les limites de la technique employée, l'exemple de la France
Il faut savoir qu'en France, à la sortie des stations d'épuration, l'eau est toujours contaminée par les germes fécaux issus des rejets urbains. Actuellement, très peu de stations sont capables d'assurer la désinfection des eaux épurées avant rejet. Par ailleurs, en période pluvieuse, la plupart des réseaux d'assainissement sont sous dimensionnés et les déversoirs d'orage de ces réseaux polluent régulièrement le milieu naturel en y déchargeant un mélange de pluie et d'eaux usées. Les problèmes que connaissent la France et les pays riches pour maîtriser les eaux pluviales sont dérisoires comparés à ceux des pays pauvres. 

L'eau dans les pays riches : le produit alimentaire le plus surveillé
Certaines pollutions ont régressé, mais d'autres se sont étendues comme les nitrates et certains produits phytosanitaires. Du même coup, les techniques requises pour produire une eau potable conforme à des normes sanitaires de plus en. plus sévères deviennent très sophistiquées.
On peut parler d'une véritable course à l'eau potable dans les pays riches-. plus la pollution des ressources en eau croît et plus la technicité et les efforts de recherche nécessaires à la production d'eau potable, augmentent. Ueau est progressivement devenue le produit alimentaire le plus surveillé, le produit d'une somme de compétences et de technicité. (Panneau 4) 
 

L’EAU ET L’ASSAINISSEMENT DANS LES VILLES DU SUD

Dans les villes du Tiers Monde et plus particulièrement dans les quartiers défavorisés, les besoins en eau potable et en assainissement ne sont pas couverts ou partiellement, entraînant une détérioration de la qualité de la vie et une multiplication des maladies hydriques. Selon les estimations des Nations Unies, en 2025, la population mondiale atteindra 8,5 milliards. Près de la moitié des hommes vivront alors dans les villes des pays en développement; près de la moitié de ceux-ci seront des citadins vivant dans les quartiers défavorisés. 
Compte tenu des besoins actuels et de l'accroissement rapide de la population, la question de l'accès à une eau saine et à l'assainissement se pose donc avec une priorité particulière. 

L'approvisionnement en eau potable dans les villes du Sud

Parmi les citadins classés comme n'ayant pas l'eau potable (de 20 à 50%, parfois plus dans certains quartiers), certains doivent faire la queue pendant des heures à une borne-fontaine pour prendre une petite quantité d'eau, tandis que d'autres achètent l'eau à des camions citernes ou à des revendeurs d'eau, ou la puisent directement dans les cours d'eau, souvent contaminés par le déversement systématique des eaux usées. (Panneau 6)
 
 

En 1984 à Niamey au Niger, 29% seulement de la population bénéficiant d’un approvisionnement en eau salubre ; le reste de la population n’ayant pas les moyens d’acheter de l’eau auprès des camions citernes, creusait des puits dont l’eau était rapidement contaminée par les citadins qui y vidaient leurs ordures.

La corvée d'eau pour les femmes et les enfants 

Les femmes et les enfants se chargent en général de la corvée d'eau : privés d'eau courante ou de points d'eau salubre à proximité de leur logement, ils passent une grande partie de leur journée à faire la queue aux bornes-fontaines, à attendre les camions citernes....  pour de petites quantités d'eau. 
Exemple : la corvée d'eau au Cap Vert, une fontaine publique à Achada Santo Antonio, une banlieue de Praia, capitale du Cap :

"Je suis Filomena Moreira ... Je viens ici tous les jours chercher de l'eau à la fontaine publique parce que je n'ai pas d'eau courante à la maison. Je me lève chaque matin à cinq heures, je fais à manger pour ma famille, je m'occupe des enfants qui vont à l'école, j'attache le plus jeune sur mon dos. Puis je vais faire la queue pour acheter deux récipients d'eau... Ma fille de 9 ans, qui va à l'école seulement l'après-midi, reste à la fontaine pour s'occuper des récipients, et moi je retourne à mes taches domestiques. Plus tard, je reviens pour transporter l'eau sur ma tête, un récipient à la fois. Ça, c'est si j'ai de la chance, parce que, comme il y a plus de 100 femmes, parfois je n'arrive à obtenir qu'un récipient, et d'autres fois aucun..." (3). (Panneau 5) 

L'assainissement des villes du Sud

Au problème de l'approvisionnement en eau potable s'ajoute celui de, l'élinùnation des eaux usées, des excréta, des ordures ménagères et des eaux pluviales. La pratique de la défécation en plein air, le rejet incontrôlé des eaux usées et des ordures et l'inefficacité du drainage des eaux de surface (résultant des inondations, de l'accumulation des eaux usées ou d'un mauvais ruissellement des pluies d'orage), qui semblent sans conséquences dans les zones rurales peu habitées, se traduit en ville par la pollution des ressources en eau douce et la recrudescence des maladies hydriques. 

A Jabalia (territoire occupé de la bande de Gaza). "Avant que les égouts fermés soient installés, des fossés d'écoulement à l'air libre amenaient les eaux brutes de chaque ménage jusqu'à un énorme trou ... Ce réseau fétide faisait régner une horrible puanteur sur tout le camp et posait un grave risque pour la santé et même la vie; plus d'un enfant était tombé dans le trou et s'était noyé dans ces eaux dangereuses"(4). (Panneau 7)
 

Eau rare, eau précieuse

Le manque d'eau potable dans les villes du Tiers Monde et plus spécifiquement dans les quartiers défavorisés, conduit les habitants à économiser cette ressource précieuse.
 

Le témoignage d'une femme de la banlieue de Praia, capitale du Cap Vert, qui va quotidiennement chercher de l'eau à la fontaine publique : "Je garde l'eau dans un bidon. Celle que nous buvons, je la mets dans un pot en argile pour qu'elle se conserve mieux et reste plus fraîche. Avec l'eau du bidon, je cuisine, je lave les enfants, les vêtements, la maison. Mais il m'arrive parfois de rester des semaines sans pouvoir laver les habits parce que je n'ai pas assez d'eau. J'ai l'habitude de profiter de l'eau de la lessive pour baigner mes enfants au moins une fois par semaine... L’eau de la lessive et du bain sert à laver le sol, et après à arroser les plantes de la cour" (3). 

Un habitant des pays pauvres consomme en moyenne (pour ses besoins quotidiens domestiques), 40 litres; dans certaines villes, la consommation quotidienne n'est que de 20 litres. Le témoignage d'une femme vivant à Quito, capitale de l’Equateur témoigne: "On utilise seulement 20 litres d'eau achetée au camion citerne par jour pour chaque membre de la famille, uniquement pour la cuisine, pour nous laver et pour laver le linge. Pour nous laver, on utilise l'eau des camions en été seulement, parce qu'en hiver on a l'eau de pluie qu'on a recueillie" (7). 

Eau et santé dans les villes du Sud

Bien que difficilement mesurable, le lien entre l'eau et la santé est indiscutable. Ainsi, quand les systèmes d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement ont été améliorés dans les pays industrialisés aux XIX et XX siècles, l'impact sur la santé fut révolutionnaire. L'espérance de vie dans les villes françaises, par exemple, est passée de 32 ans en 1850 à 45 ans en 1900. "120rganisation Mondiale de la Santé estime à 25 millions par an, les décès dus à la consommation d'eau contaminée par des gènes pathogènes et polluants dans les pays en développement" (5). 

Les inégalités dans les villes du Sud : l'eau et l'assainissement pour les riches 

Les groupes sociaux les plus exposés aux risques de contamination par des gènes pathogènes et polluants sont les pauvres, à savoir les habitants des quartiers défavorisés, contraints de s'installer dans des zones propices aux inondations et aux eaux stagnantes ( eaux qui, mêlées aux déchets de toute sorte et aux eaux usées, sont de puissants vecteurs de maladie ) et mal desservies en eau salubre. 
 
 

Au Bangladesh, dans les quartiers insalubres, le taux de mortalité infantile est de 208,5 pour mille, soit un taux deux fois supérieur à celui des quartiers les plus riches.

Comment expliquer ces inégalités d'accès à l'eau Potable et à l'assainissement dans les villes du Sud 

La population urbaine croît trop vite pour que les pouvoirs publics puissent mettre en place les infrastructures nécessaires (manque de moyens financiers et techniques). Les inégalités résultent d'une croissance urbaine mal gérée et mal acceptée par les autorités, qui en ont théoriquement la charge: ces dernières, face à l'ampleur du problème, se déresponsabilisent, elles se refusent à aider des populations qui vivent, selon elles, dans des abris illégaux, et ne disposent pas de revenus réguliers pour payer des systèmes de fourniture d'eau potable et d'évacuation des eaux usées. Ces politiques ségrégatives conduisent à n'approvisionner et à n'assainir que les quartiers riches, et à mettre à l'écart les populations pauvres, à les exclure de la ville. 
Les autorités des villes des pays en développement n'ont pas compris qu'investir dans l'eau, c'est investir dans la santé publique et dans le développement économique et social de la ville: une personne malade est incapable de développer des activités productives, elle est une charge pour la ville. 

Bombay en Inde
"En théorie, Bombay.. dispose de ressources en eau suffisantes. Mais la différence entre l'offre et la demande s'accroît chaque jour à cause de l'explosion de la population urbaine. Bombay compte aujourd'hui plus de 10 millions d'habitants. La crise de l'eau y est le plus vivement ressentie par la moitié la plus pauvre de la population, et son combat quotidien pour l'eau illustre la nature de la crise à laquelle est confrontée la ville. Elles mettent en évidence la nécessité d'intégrer, au sein de la planification urbaine, les besoins des plus pauvres" (6). 

Quito, capitale de l’Equateur
"Comme des centaines d'autres, cette femme s'est, par nécessité; installée sur un terrain sans en avoir le droit légalement. Elle ne dispose donc pas d'eau potable: 
"Tu me demandes qui j'attend depuis des heures au coin de la rue, en perdant mon temps presque toute la journée? J'attend le camion d'eau. Parce que l'eau potable n'arrive pas dans mon quartier. Ce quartier s'appelle le Comité del Pueblo. On dit de nous, que nous sommes une population clandestine, des illégaux, que nous n'avons pas le droit à l'eau potable. Alors on est obligé de l'acheter aux camions qui viennent dans le quartier tous les jours pour vendre de l'eau. Je vis ici depuis déjà 10 ans, sans eau potable, sans égout. Les femmes, et même parfois les enfants, on passe des journées entières à attendre le camion. Des fois, s'il ne vient pas, il faut aller le chercher et le supplier de nous vendre l'eau à n'importe quel prix .... On dit que les camions achètent l'eau à la municipalité. Elle leur vend au prix courant et les camions nous la revendent 40 fois plus cher. Quand les camions citernes ne viennent pas, nous demandons un peu d'eau aux voisins. Certains ont de l'eau potable ... Chez moi, l'eau n'arrive pas. On dit que c'est parce que je suis un envahisseur" (7). (Panneau 8)

Les maladies de l'eau 

1- Le déficit corporel en eau ou les effets de la chaleur sur l'organisme humain
En climat tempéré, l'absorption quotidienne d'eau par l'homme est en moyenne de 2,5 litres; dans les régions tropicales, une telle consommation entraîne une déshydratation. Pour lutter contre la chaleur, l'homme a de très grandes facultés d'évaporation; mais une évaporation trop importante a des conséquences physiologiques variées: 
- des coups de chaleur. Ils sont rares chez les hommes en bonne santé et acclimatés. Ils sont fréquents et graves chez l'enfant malade et mal nourri; celui-ci peut subir une déshydratation aiguë pouvant entraîner la mort. 
- des pertes en eau et sels provoquent des crampes de chaleur. Une perte d'eau de 10 % dans l'organisme provoque des troubles graves; de 20 à 22 % elle entraîne la mort. 

2 - Les maladies causées par un manque d'eau salubre nécessaire à l'hygiène
A la nécessité de boire pour éviter la déshydratation répond la nécessité de se laver avec une eau salubre pour prévenir les processus de contagion : affections cutanées ou maladies de peau ( gale, lèpre, impétigo...) 

3- Les maladies d'origine hydrique ou contractées en buvant de l'eau contaminée
- Le choléra : Quelques rares cas se manifestent chaque année en Europe et aux Etats-Unis qui ne provoquent jamais d'épidémie. Mais en Afrique, en Amérique Latine et en Asie, les victimes se comptent chaque année par milliers. L’Amérique Latine (le Pérou d'abord puis rapidement les pays limitrophes) a été frappée en 1991 par une épidémie de choléra: au moins 2000 morts et 70000 personnes touchées, selon les chiffres officiels du début de l'épidémie. 

Le choléra est la maladie de la pauvreté : l'origine de l'épidémie est une grave crise économique qui a favorisé l'émergence d'un sous- prolétariat à la périphérie des grandes villes d'Amérique Latine; une croissance urbaine anarchique a engendré l'apparition d'un habitat précaire et insalubre caractérisé par l'absence d'infrastructures dans le domaine de l'eau et de l'assainissement. A cela, il faut ajouter une éducation sanitaire inexistante. 

- Les gastro-entérites : Chaque année, 6 millions d'enfants de moins de 5 ans meurent de diarrhée. A n'importe quel moment, il y a dans le monde, 100 millions d'individus atteints de diarrhée. 

- Le ver de Guinée ou la dracunculose : le ver de Guinée ou la dracunculose est une infection par le canal d'insectes microscopiques présents dans l'eau consommée, qui ont ingérés les larves du ver de Guinée. Si les insectes microscopiques sont détruits par le suc gastrique dans l'estomac, il n'en va pas de même pour les larves qui traversent la paroi intestinale où elles effectuent leur croissance. Les vers mâles et femelles s'accouplent. Une fois le ver mâle mort, la femelle peut atteindre un mètre de longueur et peut sortir, 10 à 14 mois après l'ingestion des moucherons, par la jambe ou le talon du malade! 20 millions de personnes sont affectées chaque année par le ver de Guinée. 

4 - Les maladies transmises par des vecteurs liés à l'eau (c'est à dire par des insectes qui se reproduisent dans l'eau ou piquent près de l'eau) 

- Le paludisme est la première cause de mortalité dans le monde. Cette maladie transmise par les moustiques qui se développent grâce aux eaux stagnantes, concerne plus de 2 milliards d'hommes vivant en quasi totalité dans les pays pauvres. 

L'extension incessante des pollutions dans le Sud 

Dans les pays en développement, on constate une extension importante des pollutions; l'industrialisation et l'urbanisation poussées ont entraîné une contamination généralisée des aquifères et des eaux de surface. 
Même s'il est difficile d'évaluer le degré précis de pollution des ressources en eau douce de ces pays, comme il est possible de le faire dans les pays riches grâce à des moyens techniques et financiers importants et grâce à la publication régulière d'annuaires de qualité des eaux, on sait globalement qu'en Afrique subsaharienne et dans des pays comme l'Inde, la Chine... la situation est alarmante: pollution fécale responsable de typhoïde, choléra, gastro-entérites chez des millions de personnes, teneurs en métaux tels le fluor, les phosphates et nitrates très élevées, pollutions accidentelles. A la différence des pays riches, les pays du tiers- monde ne disposent que de peu de moyens financiers et techniques pour faire face à l'extension incessante des pollutions.

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RECOMMANDATIONS

Une autre gestion de l'eau dans les villes du Nord 

L'eau qui fait naître la vie et l'entretient depuis des millions d'années, est, avec l'air que nous respirons, le plus précieux des patrimoines de l'humanité. 
Les crises de l'eau que connaissent les pays développés n'ont rien de la gravité de celles qui paralysent le Tiers Monde, mais il s'agit de ne pas les sous-estimer pour autant. Prendre conscience que la gestion de l'eau dans les villes du Nord entraîne une surconsommation et met en danger les écosystèmes, c'est réaliser, enfin, que l'eau est une ressource fragile, précieuse, dramatiquement rare pour beaucoup, envahissante pour certains, insuffisamment maîtrisée pour d'autres. 
Les pays développés doivent donc repenser leur gestion de l'eau: lutter contre le gaspillage et la pollution. Pour beaucoup, le meilleur moyen d'éviter le gaspillage de l'eau est de la considérer comme une denrée négociable et de la faire payer cher. Les villes du Nord devraient aussi simplement se demander si elles ont besoin de toute cette eau ! 
Quant à la pollution, les pays développés peuvent l'enrayer: d'abord un contrôle plus sévère des rejets solides, liquides et gazeux de toute nature entraînera une meilleure qualité des ressources en eau douce ( par la même occasion, moins de technicité et de moyens financiers seront requis pour rendre l'eau potable, et les normes d'eau potable cesseront d'être perpétuellement augmentées..); ensuite, le développement de nouvelles technologies d'épuration des eaux usées plus en harmonie avec la nature et plus aptes à préserver l'espèce humaine, empêchera la dégradation de l'environnement de se poursuivre. 

L'eau et l'assainissement dans la ville : un thème de solidarité et de coopération internationales 

"Les efforts concertés déployés dans les années 80, et notamment au sein de la Décennie internationale de l'eau potable et de l'assainissement lancée par l'Organisation des Nations Unies en 1981, ont permis à des centaines de millions de personnes parmi les plus pauvres du monde, de bénéficier de services d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement. Le principe de base, accepté d'un commun accord, était que tous les peuples, quels que soient leur stade de développement et leur situation économique et sociale, ont droit d'avoir accès à une eau potable dont la quantité et la qualité soient égales à leurs besoins essentiels" (8). Mais les progrès sans précédent réalisés durant la Décennie 19811990 ), ont surtout concerné les populations rurales des pays en développement; la situation des populations des quartiers urbains défavorisés reste extrêmement préoccupante. Elle est d'autant plus alarmante que ces quartiers connaissent et connaîtront une croissance démographique exponentielle. 
12aggravation de la pauvreté, de l'état de santé dans les villes, la détérioration des écosystèmes,... aucun pays en développement ne saurait faire face à tout cela tout seul. La tache est possible si les pays oeuvrent tous ensemble dans le cadre d'un partenariat mondial pour le développement durable. (Panneau 9) 

Droit à la ville, droit à l'eau et à l'assainissement 

Il est nécessaire de rappeler aujourd'hui, étant donné la perpétuation des disparités entre les nations et à l'intérieur des nations, que tout citadin a le droit d'avoir accès à l'eau potable en quantité suffisante pour assurer ses besoins essentiels, et à l'assainissement. La négation de ce droit doit être interprétée comme la négation du droit à la vie et à une citoyenneté pleine et entière. Les villes des pays en développement doivent donc coopérer davantage entre elles et avec les pays développés, pour faire reconnaître ce droit à la ville et ce droit à l'eau et à l'assainissement. 

L'eau et la développement sont intimement liés 

En garantissant les droits à la ville, à l'eau et à l'assainissement, on améliore la santé et le bien-être de tous les citadins, pour qu'ils puissent contribuer au développement économique et social de leur ville. L’eau est ainsi un puissant facteur de lutte contre la maladie, la pauvreté et. l'exclusion. Le droit à l'eau et à l'assainissement doit être garanti par les gouvernements, les institutions internationales, les organisations non gouvernementales, la communauté internationale; ils doivent œuvrer tous ensemble pour que l'eau et l'assainissement dans la ville soient véritablement un thème de coopération et de solidarité internationales; pour que, "dans toutes les régions de la planète et allant au-devant de la multiplication rapide des hommes et des femmes qui les peuplent, l'eau soit disponible en quantité et qualité suffisantes" (9), et les eaux usées, évacuées sans danger pour les êtres humains et l'environnement. (Panneau 10) 

Eau potable et assainissement à Esteli au Nicaragua. La ville d'Evry (France) au sein d'un partenariat européen (11) 
En 1986, la ville d'Esteli s'est mise en quête de collaboration avec des villes européennes afin d'approvisionner en eau courante les quartiers périphériques de la ville. La ville d'Evry, décidée à mener des actions de solidarité internationale, a répondu à l'appel de la ville nicaraguayenne; d'autres villes européennes ont fait de même. En 1986, un accord de coopération multilatérale est signé. La coopération entre la commission des Communautés européennes (partenaire financier), le ministère des affaires étrangères (financement des opérations mises en œuvre par la ville d'EM), l'Organisation Non Gouvernementale "Cités unies pour le développement" (partenaire technique) et l'institut nicaraguayen d'eau et d'assainissement (partenaire technique et maître d'œuvre) a permis d'approvisionner en eau courante les quartiers périphériques de la ville d'Esteli. A la suite de cette action, un projet de système d'évacuation des eaux usées a été proposé et il est en cours de réalisation.

Quartier de Yantala à Niamey au Niger 
Au milieu des années 80, l'eau potable était un luxe à Yantala. "Avec un revenu annuel par famille à peine supérieur à 130 dollars par an, la plupart des 15000 habitants du quartier n'avaient pas les moyens d'acheter de l'eau aux vendeurs. A la place, ils allaient tirer de l'eau des puits qu'ils avaient creusés par leurs propres moyens, qui étaient souvent pollués par ceux qui y vidaient leurs ordures ou les' utilisaient comme latrines" (9). 
Grâce au projet d'un ingénieur en génie civil hollandais visant à procurer de l'eau salubre moins chère aux populations pauvres de Niamey, et grâce à l'aide financière du Fonds d'Equipement des Nations Unies et du Programme des Nations Unies pour le Développement, les ouvriers locaux ont pu construire des robinets d'eau collectifs, des bâtiments abritant des toilettes publiques et des latrines pour la population pauvre du quartier de Yantala. L'eau distribuée aux robinets collectifs étant taxée (la somme demandée à chaque usager est très faible), cette dernière a pu rembourser les installations au bout de quelques années. 

L'approvisionnement en eau potable de Bay aux Philippines 
A Bay, au début des années 80, seuls les privilégiés pouvaient facilement avoir accès à l'eau potable. "Les familles les plus riches pouvaient creuser leur propre puits, installer des pompes à moteur et des citernes. Mais ces systèmes privés restaient tout à fait hors de portée des habitants à revenu faible et intermédiaire, qui constituent la majorité de la population de la ville. Beaucoup d'habitants creusaient des puits équipés de pompes manuelles grossières près de leur maison. Mais l'eau ainsi obtenue, était de qualité douteuse. Et dans les établissements de squatters surpeuplés, l'eau n'était pas seulement insalubre mais également l'occasion d'une corvée quotidienne. Les travailleurs journaliers et les femmes qui habitaient le bidonville s'étaient résignés à aller chercher l'eau dans des récipients en plastique à des puits plus profonds, éloignés et mal protégés, ou à acheter l'eau au prix fort à des vendeurs équipés de camions citernes" (10).

Tout cela a changé il y a quelques années, grâce à une société publique locale et à l'aide financière du PNUD. Un nouveau système de distribution de l'eau a été testé avec succès. les usagers ont le choix entre divers services possibles (raccordement direct, bornefontaine, ...), choix qui est établi en fonction de leur revenu. 
La viabilité financière du réseau d'approvisionnement en eau de Bay est assuré par un système rigoureux de paiement de l'eau distribuée. Les familles les plus pauvres disposent enfin d'une eau salubre en quantité suffisante, beaucoup moins chère que celle proposée par les vendeurs ambulants. 

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LES RECOMMANDATIONS DE LA TABLE RONDE SUR L'EAU ET LA SANTE DANS LES QUARTIERS URBAINS DEFAVORISES

Cette table ronde a réuni une centaine d'acteurs et de décideurs à Sophia Antipolis du 21 au 23 février 1994 (12).

1. Toute personne, quelles que soient ses conditions de vie ou ses ressources, a le droit imprescriptible de boire une eau saine. 

2. La satisfaction des besoins essentiels des populations des quartiers urbains défavorisés en matière d'eau potable et d'assainissement doit être intégrée dans les politiques de développement urbain et de santé publique mises en œuvre par les pouvoirs publics. 

3. Seuls un engagement résolu des gouvernements et la participation active des citoyens eux-mêmes peuvent apporter à ces problèmes les solutions urgentes qu'ils requièrent. A cette fin un grand effort de communication et de sensibilisation doit être entrepris sans tarder. 

4. L’accès à l'eau potable et à l'assainissement comprend des droits et des devoirs pour garantir une juste répartition de cette ressource rare comme des investissements et de leur financement, ainsi que la maintenance des équipements afin de lutter contre les phénomènes d'exclusion. 

5. La valeur économique de l'eau doit tenir compte de sa valeur d'usage. La pérennité des investissements du secteur eau et assainissement requiert une prise en charge par les bénéficiaires des coûts correspondants. Des mécanismes de péréquation entre les différentes couches de population urbaine doivent être mis en place. Une part de subvention peut cependant s'avérer nécessaire. 

6. Pour optimiser les objectifs de santé, l'approvisionnement en eau et l'assainissement doivent relever d'une approche intégrée, réaliste et participative. 

7. Les prestations offertes devront couvrir les besoins essentiels tout en garantissant une protection sanitaire satisfaisante. 

8. Les solutions aux problèmes évoqués doivent tenir compte d'un contexte en évolution, caractérisé par une plus grande décentralisation et la responsabilisation des acteurs locaux: municipalités, prestataires de services, entreprises privées et publiques grandes et petites, membres des communautés et leurs dirigeants hommes et femmes ainsi que les organisations non- gouvernementales. Ce nouveau partage des tâches ne doit pas enlever à l'Etat sa responsabilité générale et régulatrice. 

9. Les partenariats reliant ces acteurs constituent des instruments essentiels pour l'accès équitable de toutes les composantes de la population des quartiers défavorisés à une eau saine et à l'assainissement. Leurs relations et la définition de leurs compétences respectives devront être clarifiées et organisées, notamment sous forme de contrats, en tenant compte du contexte social et culturel de chaque région. 

10. Les solutions techniques ne doivent pas être considérées comme point de départ mais comme résultat d'un processus intégrant d'autres dimensions sociales, environnementales, culturelles, économiques et institutionnelles et impliquant tous les acteurs. 

11. L’animation, la formation et l'information doivent accompagner l'identification et la mise en œuvre de technologies adaptables. 

12. Un effort important doit être fait dans le domaine de l'évaluation, de la recherche, de la production et de la diffusion (grâce à une approche réellement participative) de données de base de bonne qualité, notamment dans les pays du Sud. 

13. La tendance actuelle des bailleurs de fonds à financer en priorité les équipements lourds des centres ville doit être rééquilibrée au profit des quartiers périphériques et des villes secondaires. Des financements complémentaires significatifs doivent être mobilisés pour répondre aux besoins des plus pauvres et engendrer un développement durable. 

14. Concernant les formes que peut revêtir la coopération internationale, il convient de susciter la multiplication des partenariats entre collectivités territoriales, organisations professionnelles, associations de solidarité, qui complètent la coopération intergouvernementale et lui donnent une dimension particulièrement proche des préoccupations des citoyens des communautés du Sud et de l'Est. 

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RÉFÉRENCES

(1) B. BARRAQUE "Angleterre, Allemagne, France: trois modèles de gestion de l'eau" in Le grand livre de l'eau, la Manufacture de la Cité des Sciences et de l'industrie, 1990.

(2) Q. DEVILLE "L'eau une denrée omniprésente" in Développement (ED) n°41, 1993

(3) F. BEITENCOURT "La corvée d'eau au Cap Vert" in Développement (ED) n'41,1993. 

(4) M.L. HANLEY "Du ménage dans les égouts de Jabalia" in Source, juillet 1990 dossier spécial "Le défi urbain". 

(5) "L'eau et la santé dans les quartiers urbains défavorisés" GRET Programme Solidarité Eau, mai 1994 p.33. 

(6) idem p. 154 

(7) J. PONCE "Pas d'eau pour les envahisseurs" in Développement (ED) n'41, 1993. 

(8) Extraits des orientations formulées par la communauté internationale dans L'Agenda 21 Sommet de la Terre Rio de Janeiro 1992. 

(9) E. ROBSON "Niger: des services urbains abordables pour les pauvres" in Source, juillet 1990. 

(10) D. QUINLEY "Les Philippines choisissent des solutions peu coûteuses" in Source, juillet 1990. 

(11) Exemple tiré de "L'eau et la santé dans les quartiers urbains défavorisés", GREP, Programme Solidarité Eau, mai 1994, page 104. 

(12) In «l'eau et la santé dans les quartiers urbains défavorisés», GREP, PSEA U, mai 1994, p 1 74-1 75.
 

Document de l'AITEC, 1994


 

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